Je suis un tremblement de terre, Martin Page

Ed. L'Ecole des Loisirs, mars 2009, 74 pages, 8.2 euros

Réflexion sur la notion d'anormalité


Couverture du livre Je suis un tremblement de terre"Il y a deux sortes de tristesse. La grande tristesse qui rend notre corps et notre esprit douloureux. Et la tristesse infinie qui a le pouvoir de nous retirer du monde et de notre propre conscience". C'est ce que dit le narrateur, petit garçon, orphelin de guerre et adopté par une famille aimante. Pourtant, il adore sa nouvelle vie et son nouveau pays, mais depuis quelques temps, il provoque sans le vouloir un phénomène étrange: la terre tremble à son passage, au point de provoquer de gros dégâts matériels.
A la réaction enthousiaste d'une géologue qui pense que "les gens comme les autres ne sont pas intéressants" , notre narrateur veut juste retrouver sa normalité. Dès lors, la population de son village le rejette et le déclare dangereux. Malgré l'amour de ses parents, il décide de fuir puisqu'il est devenu une "calamité" qui, de par le monde, est source de destruction et de mort.
 Martin page campe une intrigue fantastique pour véhiculer des messages bien réels sur le rejet, l'amour des siens, la notion de normalité.
Avoir choisi un tremblement de terre comme partie intégrante d'un personnage est hautement symbolique. Le narrateur est "normal et pourtant anormal" à la fois, et surtout on ne peut rien faire. Le séisme est la métaphore de toutes ses blessures enfouies au fond de son cœur: la guerre, la violence, la perte des êtres chers, les risques de destruction. Pourtant, il n'empêche pas les hommes de continuer à vivre normalement malgré la menace. Tout le monde porte en soi son lot de "bobos" et de peine, d'où ce constat: "après tout, nous sommes tous, plus ou moins, des tremblements de terre." Un roman jeunesse subtil et attachant. 

A partir de 10 ans

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