Vers l'autre été, Janet Frame

 Ed. Joëlle Losfeld, Traduit de l'anglais (Nouvelle-Zélande) par Marie-Hélène Dumas, mars 2011, 272 pages, 22.4 euros

"Ses ailes de géant l'empêchent de marcher" (Baudelaire)


Janet Frame est une écrivain très connue en Nouvelle Zélande, pressentie pour le Prix Nobel de littérature, elle mourut en 2004 d'un cancer. Elle refusa la publication de ce roman de son vivant.

 
Ce roman, publié à titre posthume, est largement autobiographique. Il y décrit le week end calamiteux de l'auteur chez un couple qu'elle connaît à peine. San cesse tiraillée entre ce qu'elle aimerait dire, ce qu'elle croit dire, et ce qu'elle dit finalement, le lecteur sent tout de suite la fragilité du personnage. Janet ne prononce que des platitudes alors que sa vie intérieure est très riche. Les phrases en suspens, les points de suspension à la chaine témoignent de cette difficulté de communiquer. Alors, Janet aimerait crier au monde qu'elle est un "oiseau migrateur" aussi bien sur le plan psychique que physique. 
Elle supplie intérieurement ses amis: "ne me laissez pas devenir un navire avec marin à bord enfermé dans une bouteille, un oiseau de verre sur un manteau de cheminée!"
Pour fuir le monde réel, la narratrice s'évade dans ses souvenirs d'enfance en Nouvelle Zélande, et se rassure avec le bruit réconfortant de sa machine à écrire.
 Les mots, les sonorités l'envahissent et la bouleversent, si bien que sa prose et son style sont reconnus. Ce livre démontre que Janet Frame était un personnage à la sensibilité à fleur de peau, profondément et maladivement maladroite quand il s'agissait de vivre en société. 
"Elle voulait le monde du dehors et le monde du dedans dénudés de toute imposture, de la même manière que les oiseaux". 
Alors s'enfuir tel un oiseau "vers l'autre été", c'est à la fois rejoindre son pays natal, se réfugier dans ses souvenirs, et écrire pour exorciser la peur de vivre normalement. Roman étrange certes, mais très bien écrit et intéressant sur bien des points.

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