Scintillation, John Burnside

Ed. Point Seuil, traduit de l'anglais (Ecosse) par Catherine Richard, août 2012, 307 pages, 7.2 euros

Et la lumière fut...


Comme le suggère la couverture, le contenu ressemble étrangement à une fiction en noir et blanc. Noir comme le décor de l'Intraville, cette presqu'île dominée par une usine "pas simplement fermée, en fait, mais condamnée, décrétée par le gouvernement zone de décontamination irréversible dans laquelle nul n'est officiellement censé entrer." Noir aussi comme l'âme de certains habitants fascinés par la violence et la souffrance.
 Mais, le blanc pointe par moment le bout de son nez, incarné par Léonard, adolescent livré à lui même, qui pense que l'espoir existe, qui aime les filles et les livres. De plus, cette lueur se voit tout de suite lorsque votre quotidien est uniformément gris. Elle symbolise la possibilité d'une vie meilleure, le chemin vers l'Extraville, pour fuir l'ennui, la maladie et l'isolement.
De plus, l'Intraville est le lieu de disparitions inquiétantes. Des ados se volatilisent. Morrison, le policier, les appelle les "enfants perdus" comme dans Peter Pan, pour atténuer les faits et les faire passer pour des fugues. Or, ce dernier sait bien que c'est plus grave...
Dans cette ville où les habitants misent tout sur un promoteur véreux, Brian Smith, bien décidé à finaliser son projet "Terre d'origine", seul Léonard semble le seul capable de s'extraire de la noirceur ambiante. Lui, mais aussi, l'Homme Papillon, qui vient de temps en temps faire des prélèvements sur le terrain. La richesse du récit vient de la multiplicité de points de vue. Chaque chapitre a un narrateur différent, d'où aussi un style différent pour marquer l'état d'esprit du personnage. Très vite la presqu'île semble être un avant goût de purgatoire; les habitants n'ont plus de volonté et semblent résigner à vivre sur une terre empoisonnée.
"On dit que pour rester en vie il faut aimer quelque chose. (...) Il faut simplement être". Telle est la subtilité de ce roman complet qui oppose deux points de vue: d'un côté, le choix de la souffrance et de la violence parce qu'elle "est utile" comme se plaît à le penser le jeune Jimmy, de l'autre la conviction, peut être naïve, que la beauté et "un autre champ de possibilités" sont à portée de main. Un très bon polar à découvrir.