RUE DES ALBUMS (43) Nina et les oreillers, Maylis de Kerangal et Alexandra Pichard

Ed. Hélium, novembre 2010, 26 pages, 15.2 euros

Au pays des rêves.


Nina a un souci. En effet, elle ne rêve pas, ou plutôt elle a l'impression de ne pas rêver car au réveil, elle ne se souvient plus de rien.
Un jour, maman remplace son vieil oreiller tout ramollo par un tout neuf "blanc, doux, moelleux. Avec de vraies plumes d'oie sauvage à l'intérieur (c'était marqué sur l'étiquette)". Dès lors, ses nuits  sont un "festival"; elle devient "championne du monde des rêves", et le matin, se souvient de ses aventures extraordinaires. Car il s'en passe des choses dans les rêves de Nina. Elle est à la fois championne du monde de trampoline, créature de King Kong, Mary Read, ou encore personnage de L'île au trésor de Stevenson.
Ainsi, son nouvel oreiller lui a permis de renouer avec le monde fantastique du fantasmé. Mais ce n'est pas tout. En effet, Nina se rend compte au fil des jours, que les oreillers de son entourage et de ses amis sont les gardiens de leurs désirs. Il suffit qu'elle pose sa tête et dorme sur l'un d'entre eux pour vivre les rêves de ses propriétaires. Elle découvre que sa mère rêve d'un pique nique avec George Clooney, que son père nage avec une très belle sirène, ou que son frère Tom, discret et introverti, rêve d'une carrière de rock-star.
Néanmoins, les rêves sont de l'ordre de l'intime et du secret. Certes, Nina "s'amuse comme une folle" mais pas question pour elle d'exercer un quelconque chantage ou de révéler ce qu'elle a découvert...

Pour ses débuts en tant qu'auteur d'album jeunesse, Maylis de Kerangal a écrit une histoire très pertinente et originale. Les oreillers sont les passages  pour accéder à nos désirs les plus intimes, et les garants de nos secrets les plus inavouables. Nina n'a aucun pouvoir surnaturel, seule la faculté de croire et l'innocence de son âge. Alors, peut-être que les rêves des autres qu'elle croit vivre sont les siens finalement. La chute finale est émouvante..
Les illustrations d'Alexandra Pichard apportent une touche de douceur à l'ensemble du texte. Les couleurs, volontairement pastels donnent une ambiance ouatée à l'ensemble. Les personnages  sont bienveillants et tranquilles, et représentent à merveille le contenu du texte.

Nina et les oreillers est sans contexte une réussite; c'est une ode au sommeil et au monde des rêves.

A partir de 5 ans.

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