Quelque chose de lui, Françoise Dorner

Ed. Albin Michel, février 2014, 144 pages, 14 euros

Vaudeville moderne


Le roman s'ouvre sur une scène à la fois anecdotique et symbolique: au cimetière, alors que Richard vient d'enterrer sa mère, il oublie son épouse Violette et repart sans elle. Certes, on pourrait croire que la goujaterie n'y est pour rien en de pareilles circonstances, sauf que, voilà, l'homme en question n'en est pas à sa première fois, si bien que Violette est persuadée désormais d'être transparente, incolore et inutile.
De leur union improbable, hormis le fait qu'elle soit bien plus jeune que lui et soit tombée amoureuse d'un restaurateur de meubles anciens aussi chaleureux que le bois, est née une fille qui, dès l'âge adulte venu, s'est empressée de fuir en Amérique. Depuis, le couple vaque chacun à ses occupations: lui dans son atelier, évitant celle qu'il qualifie en public d'un "ce n'est que mon épouse", elle dans le silence de l'appartement, "centre de rien", "femme au foyer, mère de famille désaffectée".

Dès lors, Violette veut éviter à tout prix que Richard "l'enterre de son vivant", en la réduisant à une portion congrue. Le charmant jeune homme qui l'a ramenée du cimetière lui a fait sentir qu'elle pouvait devenir autre chose que "l'ombre de quelqu'un". C'est vrai que Romain est l'antithèse de Richard. Pianiste du bar d'un palace, il incarne l'attirance du contraire, celui pour qui Violette pourrait craquer si l'adultère ne signifiait pas pour elle un acte terriblement "pathétique et banal"!
Pourtant Romain cache aussi sa part de souffrance: une mère malade dont la mémoire s'étiole inexorablement, et un père dont il vient d'apprendre l'existence, qu'il déteste donc d'emblée et dont il a décidé de se venger. Et ce père, c'est Richard...

Françoise Dorner propose un vaudeville moderne remis au goût du jour. Le trio Richard-Violette-Romain fonctionne à merveille et met en arrière plan la simplicité de la trame du récit.
Violette est un personnage touchant qui se rend compte, le temps passant, qu'elle a oublié de s'occuper d'elle finalement. Elle n'a pas su préserver sa part d'égoïsme, trop entière dans sa relation aux autres. Richard est le parfait mari bourru, conscient de sa méchanceté mais trop fier pour changer de comportement. Enfin, Romain est la pierre centrale du récit, celui qui apporte une note de fraîcheur et d'un possible renouveau, celui aussi dont le caractère ressemble le plus à celui de Violette.
Quelque chose de lui est un roman sans prétention, qui se lit d'une traite, avec parfois la nette impression de lire une pièce de théâtre.


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