Quand la lumière décline, Eugen Ruge

 Ed. 10/18, traduit de l'allemand par Pierre Deshusses, août 2013, 448 pages, 8.8 euros

Quand les idéaux déclinent...


Quand la lumière décline est l'histoire d'une famille allemande sur quatre générations, fervents adeptes de l'idéal communiste, membres du parti, et artisans d'une RDA telle qu'ils l'avaient rêvé, mais qui, au fil du temps, reviennent sur leurs désirs, leurs compromis, leurs "actes manqués".
Pourtant, dès le départ, Adrian avait dit à Charlotte, pilier de la famille, alors toute jeune femme: "le communisme c'est comme la croyance des anciens Aztèques: il est assoiffée de sang." Mais grâce à ce système, elle devient membre de l'institut (université), elle qui n'a fait que l'école ménagère...
Divorcée, elle refait sa vie avec Wilhelm, qui, jusqu'à sa mort, revendiquera son idéal socialiste, jusqu'à déconsidérer sa famille d'adoption:
"Il considérait toute la famille comme la famille à elle (Charlotte): une famille de défaitistes. Sauf Irina. Elle avait quand même fait la guerre. A la différence de Kurt qui était resté dans un camp de travail - et jouait maintenant les victimes "- Irina, "l'âme rousse", la femme de caractère, le personnage central, qui va vaciller en même temps que la RDA...

Ce roman est construit avec des allers-retours permanents dans le temps, des changement de narrateur à chaque nouveau chapitre pour donner une impression de mouvement à l'ensemble. Or, le récit stagne, donne une forte impression d'immobilité. Certes, le lecteur sent la déliquescence de cette famille dont le ciment était la cause commune, la croyance en l'idéal socialiste, dès que le petit fils fuit à l'ouest, mais on reste dans l'évanescent, le ressassement. C'est le temps qui passe qui fait avancer l'histoire tandis que les personnages restent englués dans leur mode de vie.
De ce fait, une impression récurrente d'ennui apparaît, sauvée par la qualité du style et la cohérence des faits.
 Ce livre n'est pas à proprement parler une fresque familiale, car elle manque de passion, de héros marquant et moteur de la narration. Ce ne sont que des tranches de vie sur les relations familiales dans un pays où on manquait de tout, et où le système envahissait le quotidien. Donc, à conseiller aux lecteurs patients, amateurs de livres historico-politiques.