Melisande ! Que sont les rêves ?, Hillel Halkin

Ed. Quai Voltaire, janvier 2013, traduit de l'hébreu par Michèle Hechter, 288 pages, 22 euros.

« Mélisande ! Que sont les rêves ?

Qu’est la mort ? Chimère.

La vérité appartient à l’amour seul,

Et, beauté éternelle, je t’aime ».


Ce roman est un hymne à l’amour, avec tout ce que ce sentiment peut apporter aussi de frustrations, de non-dits, de rancœurs, de fautes et de tristesse.
Ricky, Hoo (Howard) et Mellie (Mélisande) se sont rencontrés au club du journal du lycée. Très vite, leur amitié devient forte et indéfectible. Nous sommes dans les année 60 aux Etats-Unis, et nos personnage sont emportés par le tourbillon « baba-cool »… Peu à peu, Ricky perd pied, songe à une autre vie, solitaire et sans attache matérielle. Il prend l’habitude de disparaître plusieurs semaines à sillonner les états d’Amérique, puis prend la décision de faire un voyage initiatique en Inde. Cette expérience lui est salutaire :
« Il songeait à repartir vers l’ouest ou à s’embarquer sur un cargo. Il avait décidé de vivre comme un bhikshu ».
Lui, le jeune homme bien sous tous rapports, fils unique et aimé, caresse le rêve de vivre comme un mendiant. Entre temps, son amitié avec Mellie s’est transformée en histoire d’amour, mais Mellie subit de plus en plus les errances et les excentricités de son compagnon. Ricky passe des heures à prier et se purifier, à la recherche de la paix intérieure. Lors de ces crises, la jeune femme peut compter sur le soutien de Hoo, ami indéfectible et impuissant devant la folie qui s’empare de son camarade de classe.
A la suite d’une énième crise, Ricky est interné. Mellie et Hoo deviennent amants, se marient, terminent leur études (du moins Hoo), ont des projets. Au fil des années, le désir d’enfant devient pressant pour la jeune femme. Or, son ventre reste stérile. C’est le début des regrets, des non-dits, de l’impuissance face à la dépression de l’autre. Même l’idée d’adoption ne comble pas les failles. Hoo appelle cette période les années cimmériennes, ce qu’Homère résume en un vers :
« Et une nuit funeste s’étendit sur les infortunés mortels ».
En fait, le roman est une longue lettre de Hoo à son épouse absente. De façon lancinante, il appelle les souvenirs communs par « te souviens-tu Mellie ? ». Ce questionnement devient une forme de maïeutique : un homme amoureux « accouche » par écrit ce qu’il n’a jamais osé dire à son épouse. Il donne son point de vue et ses sentiments sur des événements vécus ensemble, le tout ponctué de références littéraires et mythologiques. Lui, le professeur émérite de langues anciennes et spécialiste du néoplatonisme, a tendance à faire des comparaisons entre sa vie et ce qu’il étudie, mais ceci se fait par touches délicates et en finesse.
Le bonheur conjugal apparaît comme une vaste chimère. Les ombres du passé sont toujours tapies dans un coin et réapparaissent aux moments critiques.
« Te souviens-tu ? Si, ensemble, nous rassemblions tous nos souvenirs, formeraient-ils ne serait-ce qu’une part infime de ce que nous avons oublié ? ».
Ce livre est un très beau roman d’amour, construit comme une lettre ouverte, une confession de la dernière chance pour ne pas perdre définitivement sa moitié. L’espoir persiste.

Posts les plus consultés de ce blog

Le Gardien des choses perdues

RUE DES ALBUMS (126) Le bain de Berk, Julien Béziat

Une Chance minuscule, Claudia Piñeiro