Les racines déchirées, Petina Gappah

Ed. 10/18, traduit de l'anglais (Zimbabwe) par Anouk Neuhoff, décembre 2012, 261 pages, 7.5 euros.

Bienvenue au Zimbabwe!


A travers treize nouvelles, l'auteur nous emmène au cœur du Zimbabwe, petit pays longtemps colonisé par les Anglais, devenu indépendant, mais apparemment en proie à des difficultés sociales et politiques immenses.
"De toutes les petites choses brûlées par les flammes de l'inflation", ne reste plus que les habitants. Aucune classe sociale n'est épargnée: bourgeoisie proche de la classe dirigeante ou masse laborieuse, tous souffrent. En effet, la polygamie et la pratique "des petites maisons" où la maîtresse attend bien sagement son amant ont fait exploser les cas de maladie "aux lèvres roses", le sida, qui touche aussi le gouvernement.
Partir est devenu un leitmotiv, un possible espoir d'avenir. D'ailleurs, n'est-ce pas signe de réussite et de fierté, de dire à son entourage qu'on a un enfant, un neveu, un cousin, parti à Londres ou aux "States", même si, là-bas, la réalité n'est pas si belle à raconter...
Pourtant, le Zimbabwe a connu des heures glorieuses, et fut un temps un pays intéressant pour le géant chinois, au point de se faire appelé Chingbabwe par les sceptiques:
"Les chinois ont construit cet aéroport quand l'ancien est devenu trop petit pour les touristes qui affluaient par milliers dans le pays. Il n'y a plus de touristes aujourd'hui. A cause de notre isolement quasi total, il n'y a plus de généreux visiteurs armés d'appareils photo pour venir déverser des dollars et des livres, des euros, des yens et des yuans dans les coffres vides du pays."
Ces histoires douces-amères dénoncent les pratiques courantes d'une "république bananière" où les mots démocratie et égalité sociale ne servent qu'à remplir les banderoles des slogans électoraux. Pourtant, malgré les mensonges, l'ennui, la solitude, le manque de tout, l'auteur a su mettre en avant la formidable force de vivre de cette population contrainte à vivre au jour le jour sans pour autant se séparer de ses espoirs, peut-être l'unique chose que l'inflation n'a pas encore réussi à supprimer.

Posts les plus consultés de ce blog

Le Gardien des choses perdues

RUE DES ALBUMS (126) Le bain de Berk, Julien Béziat

Une Chance minuscule, Claudia Piñeiro