Le dos crowlé, Eric Fottorino

 Ed. Folio Gallimard, janvier 2013, 224 pages, 6.8 euros


Le temps passe, « les minutes sont des rides », et les souvenirs d’enfance s’estompent pour laisser place à des fragments idéalisés. Certains pourront être agacés par le choix du style. En effet, le narrateur est un enfant de treize ans, Marin. De ce fait, la prose « subit » la jeunesse de son héros : négations tronquées, ruptures de construction en finissant les phrases par « paraît que », jeux de mots : "je lui dis que c'est pas la mer à boire. Elle dit que sa mère est imbuvable".  
Marin raconte son été 1976 sur la côte Atlantique chez l’oncle Abel, aux côtés de son amie Léa, dix ans, caractérielle et délaissée par une mère ayant « le diable au corps ».
Certes, l’histoire semble classique, mais on se laisse emporter par le récit dans lequel Marin perdra son âme d’enfant.
Fottorino raconte l’amitié de deux gosses que tout sépare. L’un grandit au sein d’une famille aimante, et même si parfois, « ils ne sont pas sur le même fuseau horaire », ses parents restent à l’écoute. L’autre par contre, est un fardeau : témoin de disputes récurrentes, « posée » chez Abel car trop dérangeante, Léa veut disparaître, « se perdre » quand vient le moment où sa mère doit venir la rechercher. Cette gamine solitaire et boudeuse subit en fait l’immaturité d’une mère qui refuse de vieillir et n’existe que  par le regard des hommes.
Léa voit en Marin la bouée de sauvetage qui l’empêche de couler. Grâce à lui, son enfance subsiste, elle ne grandit plus trop vite. Or, Marin, au contraire, sent que son enfance s’éloigne pour laisser place à des émotions nouvelles. D’ailleurs n’est-il pas « tout retourné » lorsqu’il croise la mère de Léa ? N’est-elle pas celle qui lui donne « les oreillons et la quique » ?
L’auteur, sous couvert d’un style faussement léger, raconte le temps qui passe, la difficulté de grandir, tout cela sous les yeux bienveillants de personnages secondaires tels l’oncle Abel, le docteur Malik ou le père Juillet, qui donnent du piquant au récit, démontrant aussi par là que les adultes ne sont pas tous comme Agnès, la maman de Léa, irresponsables et misérables.

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