Le ballade de Lila K, Blandine Le Callet

 Ed. Le Livre de Poche, février 2012, 354 pages, 7.1 euros

Se reconstruire après le chaos


Au départ, l'auteur voulait écrire un roman mythologique, elle n'a gardé que les chimères (personnages de la concierge et de Justinien) et a basculé son action dans le Paris de l'an 2102.
En effet, le lecteur n'a aucun repère. Par volonté de prendre ses distances avec le réel et ne pas fournir un témoignage social, Blandine Le Callet a préféré écrire un roman d'anticipation dans un monde ultra sécurisé où la liberté hors des caméras de surveillance existe peu.
Dans ce climat confiné, Lila écrit son journal et explique comment elle se reconstruit après qu'elle fut arrachée à sa mère par les services sociaux à l'âge de six ans. En filigrane, on comprend tout de suite qu'il s'est passé quelque chose de grave, que son "enlèvement" était une question de vie ou de mort pour elle. Tout ce passé reste diffus, mais au fur et à mesure, en atteignant l'âge adulte,elle va enfin comprendre ce qui s'est passé.
Pour grandir, Lila va rencontrer des personnages hauts en couleurs: Mr Kauffmann qui va lui transmettre l'amour des livres qui vont lui permettre de "s'échapper": "j'arrivais grâce à eux à m'abstraire de ma vie (...) C'est parfois reposant de se perdre de vue." Mais aussi Fernand, son tuteur et incarnation de l'ordre, et enfin Milo, l'homme à qui elle adresse son journal.
Dans un monde où les livres sont mis en quarantaine et remplacés par des "grammabooks", Lila mène son enquête et découvre la vérité grâce aux coupures de journaux et aux écrits...
Tout comme la narratrice qui se réfugie sous son lit ou retient son souffle lorsque la pression est trop forte, l'auteur a su distillé un climat oppressant, étouffant pour aborder un sujet sensible: peut - on encore aimer une mère qui vous a maltraité?
Cependant, alors que Lila semble caustique, fragile et associable (selon le Ministère), elle a su gardé une part d'innocence en elle et continue malgré tout d'aimer sa mère malgré la dure vérité: "ma mère ressemble à une reine, un ange miraculeusement préservé de cette corruption".
 Ainsi, elle déculpabilise le personnage pour porter les accusations sur le système de société dans lequel elle est née. A trop vouloir surveiller, diriger, contrôler, cette société futuriste oublie les petites gens, "les border line" qui tentent de s'en sortir avec le peu de moyens qu'ils ont.
Bien écrit, parfois caustique, le lecteur se promène dans un Paris inconnu où les chats changent de couleurs, les robots se mêlent à la population, et où la banlieue est devenue la Zone.
Bienvenue dans le monde de Lila K, vous n'en sortirez pas indemne!