Là ou naissent les nuages, Annelise Heurtier

Ed. Casterman, Collection Romans Grands Formats, avril 2014, 208 pages, 12 euros

Séjour initiatique en Mongolie



La couverture de roman ado est une réussite: glacée; impressions de paillettes, nuances de rose, avec en illustration deux mondes que tout oppose, celui de la ville avec la Tour Eiffel, et celui des grands espaces avec la yourte blanche posée au milieu de rien.
Amélia est une citadine. Fille unique et choyée d'un gastro-entérologue et d'une juge des affaires familiales, elle vit son âge ingrat comme une punition permanente qu'elle calme par des crises de gourmandises. Une contrariété et c'est trois petits pains au chocolat ou un paquet de biscuits qui ont raison de son mal être. De ce fait, la jeune fille ne correspond pas trop aux critères, et se cache derrière un début d'embonpoint:
"Le regard disait, dans les yeux navrés des amies de ma mère "elle pourrait faire un peu de sport, franchement. L'adolescence, c'est comme la ménopause: si on ne se prend pas en main, on a vite fait de virer boulotte.""
Alors Amélia complexe: avoir des parents si beaux, si brillants et être insignifiante, au point de se dire: "ne plus penser à moi et à ce corps sacerdoce qu'on avait dû m'attribuer par erreur."
Dans sa jeunesse, sa mère Isaure était partie en Mongolie pour aider une ONG locale aidant les enfants des rues d'Oulan-Bator, The Shelter. Après avoir reçu une lettre de là-bas, la famille décide de s'y rendre pendant les vacances. Mais finalement, Amélia se retrouve toute seule dans l'aventure...
La Mongolie, l'inverse de la vie citadine, le pays des grands espaces:
"Tout était plus vaste, plus grand, j'avais l'impression que mon champ de vision s'était élargi, que je pouvais voir en panoramique (...) c'était apothétique."
Mise tout de suite dans le bain par Franck, Simon et Bakar, Amélia découvre la pauvreté des lieux, la détresse des enfants livrés à eux-mêmes, et se lie d'amitié avec le petit Mukshuk:
"A la vitesse d'un cancer de fond, un immense bidonville s'était constitué aux abords de la capitale, ravagée par l'insalubrité, la violence et l'alcoolisme."
Pas le temps d'être nombriliste, pas le temps de focaliser sur son poids ou ses petits problèmes; là, les soucis sont ailleurs et ils sont puissance 10.
Dès lors, le voyage d'Amélia se transforme en voyage initiatique "à la rencontre de sa vérité intime."
La jeune fille développe alors un syndrome de Stendhal pour ce pays lointain "là ou naissent les nuages."

Annelise Heurtier signe un roman ado très intéressant sur l’expérience et les vraies valeurs. Amélia est une héroïne à laquelle on s'identifie facilement, pétrie de complexes, et finalement incapable de porter attention aux autres. S'occuper des enfants en Mongolie, leur trouver un nouveau foyer, apprendre à se contenter de peu, aura un effet salutaire sur la jeune fille.
L'expérience forge le caractère, et même si le roman ne peut être vraiment classé dans la catégorie aventures, il fidélise le lecteur par son écriture fluide, son histoire attachante et des personnages qui ne sont jamais dans l'excès ou la caricature.
Certes, le voyage est exceptionnel, mais le message est universel: vivre un moment unique à se mettre au service des autres remet à plat les priorités existentielles.
Ainsi, Là où naissent les nuages remplit son contrat, interroge le jeune lecteur et apporte suffisamment de romanesque jusqu'à la fin.

A partir de 12 ans.