Solaire, Ian Mc Ewan

 Ed. Folio Gallimard, traduit de l'anglais par France Camus-Pichon, octobre 2012, 400 pages, 7.9 euros

Un homme sans qualités


Michael Beard est intelligent, si intelligent qu'il a reçu le Prix Nobel de physique pour ses travaux sur "la corrélation Einstein-Beard"! Mais depuis, il profite et exploite cette notoriété pour vivre sans pour autant élaborer de nouvelles théories. Michael Beard aime aussi les femmes, trop peut-être. Ses cinq mariages n'ont pas tenu plus de six ans, et il n'arrive plus à compter toutes ses maîtresses. Pourtant, il est loin d'avoir un physique d'Apollon:
"Il marchait en se dandinant un peu et avait un triple menton pendouillant comme la caroncule d'un dindon dès qu'il hochait la tête."
De plus, la noyade pour lui est impossible puisqu'il a une superbe ceinture de graisse qui lui sert de flotteur... Cependant, notre héros national continue à avoir une vie sexuelle très active, à parcourir le monde de l'Arctique au Nevada pour vanter l'exploitation de l'énergie photovoltaïque, idée qu'il a allégrement voler à un de ses confrères nouvellement docteur en physique. Mais, ce qui est le plus immoral chez lui finalement, c'est avec quel entrain il entretient sa personnalité:
 "Il se considérait comme un individu dans la moyenne, ni plus cruel, ni meilleur, ni pire que la plupart", car pour lui "les imperfections humaines étaient un vaste sujet" qu'il convient de taire pour le bonheur de tous. Et pourtant, malgré son égoïsme, son hypocrisie, ses petitesses, son indifférence, ses escroqueries intellectuelles et (on peut le dire) amoureuses, Michael Beard est un personnage fascinant, car même s'il prend conscience plus d'une fois "de la stupidité de son existence", il y reste attaché coûte que coûte.
Sur un ton décalé, l'auteur nous propose souvent des scènes drôles (l'arrêt pipi sous le froid Arctique en est une) afin de mieux faire passer le sérieux du sujet. Enfin, à travers le portrait de cet homme sans qualités, se posent les questions et les réflexions sur le réchauffement climatique de la planète, les énergies du futur et leur exploitation, sous couvert de l'accord des grosses industries capitalistes. Finalement, un roman "à la McEwan", jamais trop long, décalé, drôle et sérieux à la fois. Du pur plaisir.