Samedi, Ian McEwan

Ed. Folio Gallimard, traduit de l'anglais par France Camus-Pichon, janvier 2008, 384 pages, 8.9 euros

Coup de coeur


Samedi est avant tout un roman qui prouve que la littérature contemporaine peut encore respecter la règle classique dite de trois: unité de temps, unité de lieu, unité d'action.
L'action se situe à Londres et débute un samedi matin vers quatre heures, pour terminer le dimanche matin à la même heure. Henry Perowne est l'archétype même de l'homme qui a réussi: neurochirurgien réputé, il mène une vie familiale stable avec Rosalind son épouse depuis plus de vingt ans et ses deux enfants devenus adultes, et qui débutent favorablement dans la vie. Il se sent "assez jeune encore pour aspirer à vivre au jour le jour sans entraves, et assez vieux pour savoir que ses chances d'y parvenir se réduisent au fil du temps."Ce samedi là est bien particulier car la fille prodigue, poétesse en herbe revient au bercail. C'est aussi le jour choisi par des milliers de manifestants venus défiler dans les rues de Londres pour s'opposer à la politique belligérante contre l' Irak de Saddam Hussein.
Dès lors, cet événement, et les informations des médias vont devenir une toile de fond propice aux réflexions d'Henry sur la vie en général et les soucis en particulier, et des prises de position entre membres de la même famille. Or, c'est un autre événement survenu au matin, stressant sur le coup, mais anodin avec le recul qui resurgira dans la vie d'Henry et aura des conséquences inattendues. Dévoiler le contenu serait irrévérencieux de ma part...
 Le lecteur lit sans ennui les réflexions d'Henry sur sa vie, son passé, son goût pour les médias qui est "comme le nouveau mal du siècle, ce besoin compulsif de savoir comment va le monde, de communier avec ses semblables dans une anxiété généralisée". Et même si au départ, rien ne semble nous rapprocher d'Henry et sa famille à cause de son côté bourgeois et élitiste, petit à petit, on s'y retrouve et on goûte avec lui au bonheur d'être simplement "normal", toujours amoureux de la même femme, aimant ses enfants, se faisant du souci pour eux, et aidant son prochain en tentant parfois des opérations de la dernière chance. Comme une note lancinante de blues, Ian McEwan emporte son lecteur vers un contexte inattendu et prouve encore une fois qu'il suffit de pas grand chose pour écrire sur la vie et captiver son lecteur.