Nagasaki, Eric Faye

Ed. J'ai lu, octobre 2011, 94 pages, 5.2 euros

Isolement et dépossession


Le sujet attire l'attention et capte le lecteur: un célibataire endurci se rend compte au fil du temps que ses provisions disparaissent et que ses objets sont déplacés. En installant une webcam dans sa cuisine, il peut surveiller la pièce depuis son bureau. Et là, il s'aperçoit que durant son absence une femme vit chez lui!
Ce n'est ni un spectre, ni un épisode inspiré de Paranormal Activity, simplement une histoire vraie. Au delà de l'aspect fait divers, Eric Faye s'attarde sur la psychologie des personnages. Shimura-San, depuis cette intrusion, est partagé entre le remords et le sentiment étrange: "je n'arrive plus à me sentir chez moi." L'intruse, elle, se sent obligée de lui écrire pour expliquer les raisons de son acte et surtout pourquoi cette maison et non celle d'un autre. Ces deux êtres qui ont vécu ensemble presque un an sans se croiser restent deux solitudes dans la ville.
Alors, en filigrane, le lecteur se rend compte que les drames d'Hiroshima et Nagasaki n'ont pas fini de produire des êtres meurtris, "mutilés" dans leur histoire personnelle.
Celui qui recherche un roman avec un peu d'action sera déçu car l'auteur emploie un ton mesuré, assez neutre. IL ne fait que relater des faits et des états d'âme. Point de jugement de valeur, point de parti pris, mais simplement un exercice de style où l'on trouve des mots rares tels le verbe "esbigner", ou des phrases suspendues reprises à la ligne suivante pour matérialiser un bruit, une sensation. Ce roman a été construit dans la finesse. La trame ne devient plus qu'un prétexte.
Certes, on aurait préféré un peu plus de concret, et une fin un peu moins déconcertante, mais finalement, après coup, on se rend compte que l'ensemble était à l'image de la forme: un moment suspendu.

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