L'arbre du voyageur, Hitonari Tsuji

 Ed. Folio Gallimard, traduit du japonais par Corinne Atlan, décembre 2005, 208 pages, 6.8 euros

Recherche mon frère désespérément...


A dix-neuf ans, Takaku, le narrateur, a décidé de se mettre à la recherche de son frère ainé Yûji, longtemps considéré comme son "point de repère et son idéal depuis l'âge tendre".
Yuji a disparu depuis plus de dix ans, mettant fin ainsi à une habitude quasi religieuse de la fugue depuis son enfance. Ce n'est pas qu'il était en conflit avec ses parents, seulement, "il méprisait ce regroupement disparate que l'on a coutume d'appeler foyer".
La vraie vie est ailleurs. Passionné de métempsychose, Yûji se persuadait que l'âme était supérieure au corps, enveloppe physique considérée comme une gêne, un scaphandre, "une demeure d'emprunt".
Dans le Tokyo envahi par la foule Takaku retrace le quotidien de son frère, rencontre ses collègues de travail et ses maîtresses, et tente de comprendre sa personnalité. Le simple fait de penser à lui semble le rendre à l'existence, à repousser cette échéance d'accepter une mort (volontaire) probable. Or, le jeune homme va de surprise en surprise...
 Ce roman japonais a le don de vous dépayser non seulement par la qualité des descriptions du Tokyo moderne que par les touches culturelles et sociales nippones. Tsuji ne s'embarrasse pas d'une prose alambiquée...On le lit comme si on suivait un bon film à la télévision, facilement subjugué par le récit. La personnalité du disparu inspire et intrigue, tandis que le comportement et les visions du narrateur questionnent le lecteur jusqu'à une fin inventive et déroutante. Le titre, quant à lui, s'inspire d'une variété d'arbre tropical, dont la particularité est d'emmagasiner de l'eau dans ses tiges. Ainsi, le voyageur assoiffé trouvera en lui la fin de son calvaire. Belle métaphore pour un très bon roman. Bonne lecture!