L'âge des miracles, Karen Thompson Walker

Ed. 10/18, février 2014, traduit de l'anglais (USA) par Alice Delarbre, 327 pages, 8.1 euros

Et si...


"Il n'y avait aucune image à montrer à la télévision, ni immeubles en feu, ni ponts effondrés, ni bouts de ferraille tordue, ni terre brûlée, ni maisons emportées par un glissement de terrain. Aucun blessé. Aucun mort. Ce fut, au début, une tragédie invisible."

La tragédie invisible dont parle Julia, la narratrice du récit, est le ralentissement de rotation de la Terre. Petit à petit, les jours s'allongent. De 24 heures, les journées vont durer parfois jusqu'à 50 heures, modifiant en profondeur non seulement l'écosystème mondial, la mondialisation et les marchés boursiers, mais aussi nos horloges intimes.
A partir de cet événement inattendu et durable dans le temps, digne d'un épisode de la Quatrième Dimension, l'auteure a écrit un roman à la première personne dont le personnage principal est une jeune adolescente californienne.
Julia fille unique de Joël et Helen prend plutôt la nouvelle calmement, au grand désarroi de sa mère qui y voit une future fin du monde, ou des parents de sa meilleure amie, qui fuient à Salt Lake City où un énorme silo à grains est prévu pour nourrir tous les Mormons d'Amérique.
Julia est une adolescente solitaire qui tente de garder un semblant de routine malgré les changements radicaux qui se jouent autour d'elle. En effet, pas facile de dormir alors qu'il fait encore jour, ou d'aller au collège une partie de la nuit. Pas facile de se lier et se faire de nouveaux amis en ces temps où chacun s'alarme finalement pour de mauvaises raisons, ou décide de rejoindre de nouvelles communautés comme celle de Circadia, perdue au milieu du désert, dont les adeptes vivent au rythme solaire. Enfin, pas facile de rester optimiste quand le ralentissement gravitationnel provoque de nouvelles maladies comme celle dont est atteinte sa mère et son meilleur ami.
Alors qu'une nouvelle société se met en place et qu'il est indispensable de trouver un nouveau rythme de vie, Julia raconte en quoi tous ces changements l'ont touchée de manière intime ou non, et de façon irréversible.


Malgré la gravité du thème, nous ne sommes pas dans un roman pré apocalyptiques. Les conséquences radicales sont racontées de façon à ce que lecteur les perçoit comme un écho lointain au récit principal. Cependant, c'est aussi un témoignage sur les bassesses humaines, sur le rejet de l'autre aussi.
L'âge des miracles est un roman d'apprentissage d'un genre nouveau, qui démontre que, malgré les aléas du monde où nous vivons et les changements radicaux, l'adolescence reste l'âge de tous les possibles, la période où tout se joue, quoiqu'on en dise.