La randonnée, Christophe Léon

Ed. Thierry Magnier, février 2012, 120 pages, 8.4 euros

Bluffée


Au départ, on croit à une intrigue banale: quatre ados accompagnés de leur éducateur partis pour deux jours de randonnée en montagne dans le but de mieux se connaître, mieux s'apprivoiser, bref s'accepter.
Les quatre jeunes sont quatre citadins "jusqu'au bout des ongles" qui trimballent leurs galères et leurs bleus à l'âme, cependant, Jeff, leur encadrant , pense qu'ils sont les "héros de leur propre existence", que ce sont "leurs différences qui font leurs richesse". Or, pas trop emballés par la promenade, ils comprennent pourtant très vite que les codes ne sont pas les mêmes que dans "la vraie vie": solidarité, entraide et respect de l'autre et surtout de l'adulte qui les gère, sont essentiels.
Rivière à l'eau transparente, végétation luxuriante, paysage grandiose, air pur, Christophe Léon aurait pu tomber dans les clichés de la randonnée "gnangnan" sauf que, très vite, la forêt a comme des relents de "Blair Witch project", et le sol se crible d'empreintes bizarres. Quant à ce qui ressemble à des coups de feu...
"En montagne, le temps est comparable à un battement de cœur. L'urgence est permanente. La lumière est plus diffuse dans ce no man's land végétal, et la forêt semble se refermer sur eux et vouloir les digérer."
Mais est-ce vraiment la nature qui est hostile?
Le rythme est soutenu, sans temps mort, avec un suspens qui monte, qui monte, et qui contredit toutes les possibilités de fin qu'imagine le lecteur. Parfois, les phrases nominales poussent l'intrigue à son paroxysme. On a l'impression que les personnages deviennent le jouet d'une entité beaucoup plus forte qu'eux. Ils la sentent, semblent même parfois la voir au détour d'un bosquet, mais reste toujours finalement cachée.
Christophe Léon a pris des libertés avec le genre et la catégorie (n'oublions pas que nous en sommes en littérature jeunesse) pour offrir une fin totalement inédite, cohérente avec la trame de l'histoire, et qui interpelle le lecteur sur la noirceur de l'âme humaine.
Un petit bijou pour la jeunesse (quoique!) à partir de douze ans

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