La 5e saison, Mons Kallentoft

Ed. Points Seuil, traduit du suédois par Lucile Clauss et Emmanuel Curtil, janvier 2014, 520 pages, 8 euros

On retrouve la 5ème aventure de l'inspecteur Malin Fors, après Hiver, Eté, Automne, Printemps.

Au bout de son obsession.

 

L'inspecteur Malin Fors tente d'être une femme normale: elle vit une histoire d'amour avec Peter, un chirurgien friqué, tente d'être à l'écoute de sa fille Torve partie loin en pensionnat, et surtout, ne touche plus à une goutte d'alcool, même si, souvent ses vieux démons viennent la hanter.
Malin n'est pas une femme paisible. L'absence d'alcool fait hurler ses voix intérieures, n'endort pas ses obsessions, notamment celle de l'affaire Maria Murvall, cette jeune assistante sociale retrouvée nue et hagarde en bordure de forêt, violée et torturée, et qui, depuis, est devenue muette et absente dans un hôpital psychiatrique.
"Un silence de plomb échappé d'un espace coincé entre la vie et la mort dans lequel certains d'entre nous parfois partent. Un espace où les lois de la nature ne s'appliquent plus, un monde de silence, le même que celui de Maria."
Or, un jour, on retrouve une jeune femme morte en forêt et le corps présente beaucoup de similitudes avec Maria Murvall:
" Elle présente plusieurs hématomes, comme si les branches des arbres, tels des serpents géants, avaient essayé de vider son corps de toute étincelle de vie."
Le sixième sens de l'inspecteur lui fait comprendre qu'elle est au début d'une très grosse enquête; d'ailleurs les victimes parlent en elle...Malin devient la caisse de résonance de toutes ces voix, et surtout elle va vite se rendre compte que "le silence est le pire ennemi de la vérité".
L'obsession de Malin pour résoudre l'affaire Maria Murvall paye: cette "tumeur qui n'a cessé de grandir en secret" dévoile une affaire qui se joue à une autre échelle où "une hydre aux visages inconnus" s'est posée telle une "verrue purulente sur la société" suédoise. Ainsi, des personnages publics et respectés se retrouvent dans le collimateur de Fors, Zeke, le violent Waldemar et leur chef Sven.
Cependant, pas facile d'aboutir quand le silence et l'aveuglement priment:
"Le mantra de l'égoïste.
Le meilleur allié du Mal.
Le refus de voir.
Le refus de savoir.
C'est ça, le Mal n'existe pas (...) Et quand les gens n'existent pas, il ne peut rien leur arriver de aml.
C'est comme ça.
Si l'on ferme les yeux, la réalité que l'on refuse de voir disparaît."

Ce cinquième roman de Mons Kallentoft met en avant une affaire qui servait de fil d'Ariane aux précédents romans, à savoir l'affaire Maria Murvall, jamais résolue alors que, jusque là, toutes les pistes avaient été explorées. La forêt, entité démoniaque ou lieu de tous les dangers, sert de décor aux pires turpitudes de la race humaine. Celui que recherche Malin Fors est le Mal personnifié, incapable de faire la différence entre ce qui fait des femmes des êtres humains et non des animaux...Les victimes, lorsqu'elles ne sont pas mortes, se mettent en retrait de la vie. Elles sombrent dans le mutisme et la catatonie, après avoir été violées par les flammes de l'enfer.
En arrière plan, l'auteur se permet une analyse amère du fonctionnement de la société suédoise et du comportement humain qui préfère taire l'abomination pour rester tranquille... Dès lors, notre héroïne dont le compagnon met la pression pour avoir un enfant, se demande s'il est intelligent de mettre au monde une vie tant que "le monde est un cri de souffrance".
Mari Murvall "vit une saison qui lui est propre.
Une saison où tout est possible, mais où rien ne se passe. La saison où les sensations sont inversées, et où les sentiments sont morts.
Cette saison a un nom.
C'est la cinquième saison."

L'auteur plonge le lecteur dans un polar très sombre dans lequel les flics sont parfois à la limite de la légalité pour avancer dans l'enquête et faire jaillir la vérité. Il faut attendre la situation finale pour vraiment résoudre le puzzle de l'enquête.
 Enfin , on retrouve avec plaisir le personnage tourmenté, dynamique et jusqu’au-boutiste de Malin Fors, lien véritable entre le monde des victimes et celui des enquêteurs.