Minuit dans une vie parfaite, Michael Collins

Ed. Points Seuil, traduit de l'anglais (USA) par Isabelle Chapman, avril 2012, 336 pages, 7.2 euros

Capharnaüm cynique


Ce roman traite de front deux sujets qui diffèrent par la forme mais sont semblables sur le fond.
D'une part, le lecteur suit les pérégrinations de Lori dans sa quête d'avoir un enfant malgré ses 43 ans et ses démarches (onéreuses et parfois pathétiques) vers l'accomplissement de son désir.
D'autre part, le narrateur, époux de Lori et écrivain sur le retour, tente désespérément de renouer avec le succès littéraire. Dès lors on assiste à une véritable "maïeutique socratique" dans le sens où à partir de ce qu'il vit et observe, Karl "accouche" au fur et à mesure des idées pour son livre, son"Opus" comme il aime à le dire.
Le tout pourrait être simple à lire et à comprendre, si l'écrivain en question n'était pas désabusé et donnait son avis sur tout. Ici, l'écriture n'apparaît pas comme un acte jubilatoire, mais comme un art qui "n'est pas un choix" "C'est un remords. C'est une maladie de l'âme" avec laquelle il faut vivre. Karl veut écrire une "non fiction" qui se rapproche au plus près de la réalité, à l'image des "snuff movies" qui circulent...
Alors, pendant que Lori tente de l'intéresser sur une éventuelle paternité, Karl fait des rencontres, tente de renouer avec l'auteur Fennimore qui semble être un double de lui-même, et observe la société qui l'entoure "en prisonnier de ses perceptions, (et) témoin obsessionnel de la vie".
Désabusé, il ne pense pas que la paternité soit une bonne idée, en plus qui voudrait comme père d'un écrivain raté? Mis au lieu d'en discuter avec Lori, il préfère la fuite" littéraire": le silence.
"Parfois, l'issue n'était pas la fuite en avant, mais la fuite en profondeur". Et cette fuite se traduit par une incroyable impression que le livre part dans tous les sens. Les personnages vont et viennent, les opinions de Karl aussi, le tout agrémenté des interventions hystériques et inutiles de sa belle-soeur qui ne font qu'aggraver le sentiment que le lecteur est le témoin complaisant à la fois d'un chant de cygne littéraire et amoureux.
Un livre très étrange donc.

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