Les gardiens de la vérité, Michael Collins

Ed. Points Seuil, collection roman noir, mars 2013, traduit de l'anglais (USA) par Jean Guiloineau, 432 pages, 7.9 euros

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Bill est revenu dans sa ville natale comme journaliste au "Daily Truth" (Qotidien de la Vérité), journal au bord de la faillite car "de nos jours, il n'y a plus que la télévision"....Le paysage urbain ressemble à s'y méprendre à ceux décrits dans les romans de Richard Russo: "nos usines près de la rivière sont abandonnées, les fenêtres crevées, des touffes d'herbe poussent à travers les toits effondrés. nous sommes en guerre contre nous-mêmes dans la grande calamité que notre nation ait jamais affrontée."
  La désolation est telle que Bill n'hésite pas à la comparer à celle des Raisins de la colère de Steinbeck... Dans cette petite ville, ne subsistent que les dinners et les fast-food, témoins des nouvelles habitudes des citadins: "maintenant nous mangeons. Cela est devenu notre unique occupation, nos mains oisives ont trouvé quelque chose à attraper. Nous attrapons des hamburgers dans une manifestation carnivore de désir sublimé pour nos machines mortes."
Et, dans un de ces restaurants ouverts toute la nuit, un cuisinier, Ronny Lawton avertit la police de la disparition de son père avec qui il vit. Très vite, tout s'emballe. Bill, aidé de ses acolytes Ed et Sam, s'approprient l'affaire et font de Ronny un meurtrier alors qu'aucun corps n'a été retrouvé. Le fait est que cet assassinat potentiel est du pain béni pour le journal pratiquement en cessation d'activité. Mais jusqu'où peut-on aller dans la rumeur et les faits avérés tout en préservant une réputation et rester "un gardien de la vérité"?
Obnubilé par cette affaire, submergé par le vide de la ville et ses décombres, Bill se lance corps et âme dans la recherche de la vérité. Or, Ronny, parce qu'"il n'y a rien de simple chez les gens simples", profite de sa notoriété, même malsaine, et "devient le meilleur numéro de la ville" pour les jeunes du coin et la télévision locale. Pendant ce temps, Bill se sent de plus en plus impliqué, et y voit une lutte des classes: lui, héritier de la plus grosse fortune du coin,contre la famille de Ronny, pauvre, et vivant avec ses secrets au jour le jour.
Tous les personnages en présence sont "des caricatures de la survie" après les fermetures consécutives d'usines qui faisaient la prospérité de la ville. Chacun survit comme il peut. Seul Bill n'a pas été touché de plein fouet, mais il porte en lui cette culpabilité poisseuse de celui qui se croit responsable d'un désastre...
Au delà du récit policier et sociétal, ce roman pose les questions de l'implication journalistique dans les affaires sensibles, de la vérité, et surtout des dommages causés par la rumeur.
Captivant de bout en bout, Michael Collins a su écrire un livre profond porté par des personnages complexes, et acteurs d'une intrigue vraisemblable.

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