Le mangeur d'étoiles, Romain Gary

Ed. Folio Gallimard, février 1981, 448 pages, 8.4 euros

Genèse, gloire et déchéance d'un monstre

 

Tome 1 de la Comédie Américaine

 

 
Depuis son adolescence, José Almayo, indien Cujon est prêt à vendre son âme au diable pour conquérir le pouvoir. Torero raté, il décide de se faire des alliés dans le monde de la drogue et de la politique. Vouant une haine tenace aux espagnols qui ont conquis son pays par le passé et massacré les siens, il veut incarner la réussite indienne. Peu cultivé, faisant fi de la morale et de la justice, Almayo devient le "lider maximo" d'un peuple crevant de faim et oubliant sa condition en mâchant à longueur de journées des feuilles de mastala, drogue appelée aussi "étoile". 
 Dans son roman, Gary écrit l'histoire d'un dictateur seul, aigri, désabusé et surtout prêt à tout pour conserver le pouvoir. 
"Mieux vaut être un salopard exemplaire, célèbre par sa cruauté et son absence totale de scrupules" qu'un homme de bien.Seuls les artistes savent encore le faire rêver. Il les fait venir dans son pays. Ainsi, au bord du renversement, clown, ventriloque, évangéliste, magicien vont devenir les symboles de l'Humanité...Seulement, même eux n'arrivent plus à le séduire, tout comme sa maîtresse américaine, incarnation de "l'héroïsme déchu"qui, à force de vouloir faire de ce pays un pays civilisé en y instaurant des musées et des facultés grâce à son influence, deviendra une idole redoutée et détestée par son amant. 
C'est un livre tragique sur la condition humaine lorsqu'elle est pervertie par le pouvoir et l'ignorance. C'est aussi un roman politique qui dénonce les failles de ces pays longtemps colonisés et voués à se plier à la loi du plus fort, vivant de la perfusion permanente des aides américaines. C'est aussi un roman moins lu de Romain Gary, superbe dans sa narration et son contenu, car il a su allier deux mondes complètement opposés (quoique?): le spectacle et la politique.

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