La merditude des choses, Dimitri Verhulst

Ed. 10/18, février 2013, traduit du flamand par Danielle Losman, 215 pages, 7.5 euros

Carnaval perpétuel


On fantasme beaucoup sur ces familles, sur la façon dont ils vivent ou plutôt survivent, leurs idées, leurs coups de cœur, leurs états d'âme aussi. On les rencontre au détour d'une rue, d'un café, ou ce sont les parents d'un camarade d'école...
Mais qui peut mieux en parler que celui qui a grandi avec eux et dont "le carnaval perpétuel" est le cercle familial. Alors, Dimitri Verhulst a pris sa plume, peut-être pour expier son enfance, et a décrit le quotidien des siens. Et bizarrement on ressent chez l'auteur de la mélancolie mêlée à de la méchanceté. Le lecteur s'attache à cette bande de joyeux lurons dont le leitmotiv récurrent est "boire est mon destin". Seule la grand-mère tient la route, et c'est d'ailleurs grâce à elle que le petit Dimitri s'en sortira et aura un autre avenir que champion du monde de la dive bouteille..
Pierre, Poutrel, Herman ont été les référents imbibés d'un gamin de treize ans. Ils ne travaillent pas (sauf Pierre qui se souvient de temps en temps qu'il est facteur), ils ne payent pas leurs factures, et boivent encore et encore, puis cuvent encore et encore. Pendant ce temps, la grand-mère qui les hébergent essaye tant bien que mal de tenir une maison et des meubles sans cesse convoités par l'huissier. Mais, malgré leurs gros défauts manifestes, c'est une famille aimante et solidaire. D'ailleurs Dimitri explique: "l'amour pour mes oncles est grand et incompréhensible, mais personne n'a exigé de l'amour qu'il soit compréhensible".
 De la course de vélo nudiste, à la soirée télé chez une famille iranienne, en passant par l'arrivée de Pierre à la maternité pour la naissance de son fils, on admire l'auteur d'avoir échappé à cet avenir tout tracé pour lui. Seulement, les souvenirs restent et quelques rancœurs aussi: la haine d'une mère qui est partie sans lui, la persévérance de ses oncles dans un système de misère sociale fonctionnant en vase clos,ou les pseudo bien-pensant qui veulent récupérer à leur compte le patrimoine des chansons paillardes...
"Le souvenir est le spasme consolateur d'une vie, une forme supérieure de placenta. Ce n'est que lorsque tout souvenir est desséché que la mort peut vraiment faire son œuvre". Dimitri ne les a pas trahis, mais il s'est éloigné pour son propre salut, et grâce à ce roman, il rend hommage à sa famille "plus que bancale", à son enfance aussi.

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