Dahlia, Hitonari Tsuji

Ed. Seuil, octobre 2011, traduit du japonais par Ryoji Nakamura et René de Ceccaty,144 pages, 16.2 euros

POISON


De nos jours, dans une petite ville de province en proie à des scènes d'exactions contre la population immigrée arrivée dix années plus tôt à la faveur de la politique de la ville.
Une famille de la bourgeoisie moyenne. Madame ne travaille pas, elle n'est n'est pas malheureuse, mais s'ennuie mortellement. Monsieur a depuis longtemps oublié les plaisirs de la chair et s'en est fait une raison. Le grand-père, à moitié sénile, est persuadé que les ombres de morts vivent parmi nous:
"Il n'apparaissaient jamais entièrement dans son monde: ces fantômes frôlaient tout juste sa conscience effilochée pour redisparaître aussitôt."
Et trois enfant vivent dans la maisonnée.

Pour rompre son ennui et sa solitude, la mère prend un amant, un certain Dahlia, un homme terriblement séduisant, mais aux yeux "méprisants, discriminatoires et obscènes." Ce dernier l’avilit au point d'en faire un objet sexuel dénué de tout amour propre. Alors lorsque Dahlia veut être présenté à ses proches, elle accepte.

Dahlia dans leur maison, vivant là en tant que précepteur, c'est avoir fait entrer le Mal en personne. Au fur et à mesure, chaque membre se retrouve sous son emprise; seul le père sent qu'il est mauvais, mais très vite, la redécouverte des plaisirs inavoués de la chair font taire ses doutes.
L'aîné en vient même à commettre un acte irréparable, "comme s'il était poussé en douce par une énergie imprévue et qu'il était sous l'emprise d'une maladie tropicale."

L'intrus s'est présenté comme celui qui pouvait exauçait les vœux les plus secrets et honteux, mais maintenant il réclame sa contrepartie...

Présenté au premier abord comme un recueil de nouvelles, Dahlia est en fait un roman aux multiples points de vue. Le narrateur change avec le chapitre, et à travers les yeux de ce dernier se dessine le profil de Dahlia.
On comprend vite, à la description de scènes choquantes et à l'emprise de cet homme sur toute une famille, que ce personnage est l'incarnation de bien plus qu'un être pervers. En effet, Dahlia est LE diable en personne qui distille sa substantifique moelle haineuse et observe ses proies devenir des marionnettes mues par sa seule volonté.
Dahlia est un roman qui dérange. L'auteur reste toujours à la surface des faits, en les narrant suffisamment pour que le lecteur devine la barbarie de ce qui se joue. En arrière plan, se pose la question de la survie de l'âme après la mort, et de sa réincarnation.
Entre distorsion de la réalité, fantasmes et scènes érotiques, Hitonari Tsuji joue avec l'imaginaire du lecteur et nous offre un roman sans complexe et malsain .

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