Au Bon Roman, Laurence Cossé

Ed. Folio Gallimard, avril 2010, 464 pages, 7.9 euros


"Au Bon Roman, on respire. Lisons,et laissons dire."

 
Dès les premières pages, on est happé par l'histoire tant l'idée est bonne et originale. Tout de suite, le récit inclut les livres et leurs auteurs dans la trame, sans pour autant sombrer dans l'analyse ou l'essai, puisque le récit commence comme un roman policier. 
Trois citoyens sont agressés. L'affaire pourrait être banale si ces personnes ne se révélaient pas faire partie du comité de lecture d'une librairie parisienne qui subit des attaques en règle depuis son ouverture. En effet, cette librairie est d'un genre nouveau car elle n'offre que des romans dont le seul critère de sélection est la qualité littéraire .Ses gérants,Yvan, et Francesca,amoureux passionnés de littérature, ne veulent vendre que des romans intemporels, connus pour être de qualité, car "quatre vingt dix pour cent des romans qui se publient sont "des livres que c'est pas la peine" comme les appelait Paulhan.
 La critique ne devrait parler que des autres mais elle est "paresseuse et frivole." Seulement, en ne s'appuyant que sur son comité de lecture de huit membres, et en se détachant des paramètres de nouveauté et de succès, la librairie au Bon Roman s'est attirée les foudres des pseudo-intellectuels, des revues, et des plumitifs en manque de succès. Alors quand l'attaque via la plume ne fait plus son effet, les "brutes" décident de s'attaquer à la source. 
Comme "en matière littéraire, c'est moins l'idée qui compte que la manière", Yvan et son amie décident de raconter leurs aventures à un policier pour savoir si l'on peut porter plainte. S'ensuit un extraordinaire récit sur la genèse et la croissance de cette librairie et les agressions qui suivirent. Mais qui en veut au Bon Roman? 
Laurence Cossé use avec subtilité du récit rapporté pour proposer au lecteur un roman construit comme un policier où l'objectif final est de découvrir le coupable et le mobile de cette étrange affaire.
En faisant de ce commerce la véritable victime, c'est un peu la littérature, la vraie qui est visée. Doit-on y voir de la part de l'auteur une dénonciation voilée de tout ce qui gravite autour de l'objet livre et de sa vente? Au détour d'une page, j'y ai lu quelques critiques sur la valeur des prix littéraires (très pertinente d'ailleurs) ou la valeur d'auteurs tellement médiatisés qu'on ne sait plus très bien s'ils ont eu du style un jour...Les personnages portent l'histoire avec brio. Tellement passionnés par les romans, ils en deviennent si vraisemblables qu'on voudrait les rencontrer ou lire dans leur librairie...On ne s'ennuie jamais, on fait corps avec les personnages et l'histoire. 
Pour conclure, j'aimerai citer cette phrase du livre: "la littérature informe, elle instruit, elle entraîne", tout est dit, non?

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