Mr Peanut, Adam Ross

Ed.10/18, septembre 2012, traduit de l'anglais (USA) par J.B Dupin, 576 pages, 9.6 euros

Physiologie du mariage (version moderne)


Pour un premier roman, Adam Ross a mis la barre haut en décidant de s'attaquer à la sacro sainte institution du mariage! En partant de l'idée que le temps et les habitudes sont les premiers ennemis du couple, il argumente en détaillant l'histoire de trois couples pris à un moment clé de leur vie à deux. Pour bien comprendre ce livre, il faut connaître la métaphore de la cacahuète (et non je ne l'ai pas inventée!): en fait "les personnages sont seuls tous ensemble. Chacun est seul dans son coin, séparé des autres par sa coquille. La cacahuète désigne aussi un parcours sans fin, elle tourne sur elle-même".
David et Alice ont tout pour être heureux, mais au bout de quelques années les échecs successifs pour avoir un enfant ont eu raison de leur couple. De plus, depuis qu'Alice a décidé de maigrir, David sent que sa moitié et lui partent dans l'inconnu, car ils ne se reconnaissent plus: "leur aliénation mutuelle était si totale qu'il se dit que sa disparition n'aurait aucune importance, et ces deux peurs antagonistes exprimaient clairement toute l'horreur de la situation dans laquelle ils se trouvaient."
Depuis, David fait le rêve récurrent qu'il tue Alice, alors pour conjurer les démons, il décide de mettre en abyme son fantasme en écrivant un roman, jusqu'au jour où la fiction rejoint la réalité...Adam Ross en profite alors pour présenter deux autres couples incarnés en partie par les inspecteurs menant l'enquête. Parmi eux, un certain Sam Sheppard (souvenez vous de la série le Fugitif) condamné puis relaxé pour le meurtre de sa femme... En racontant leurs histoires, l'auteur explique que finalement il est toujours trop tard lorsqu'on se rend compte que sa moitié est vraiment celle ou celui qu'on cherchait. Le roman devient alors labyrinthique, avec une montée permanente du suspens accentuée par des ellipses systématiques à des moments clés du récit. Enfin saupoudrez le tout avec le personnage énigmatique de Mobius (comme le ruban), véritable fil d'Ariane des trois histoires et vous obtenez une fin cohérente, un peu tirée par les cheveux, ou plutôt tout à fait digne d'un film d'Hitchkock.
Pour sauver son mariage, il faut que ce dernier devienne "l'ultime frontière" dans laquelle les deux protagonistes réapprennent à se connaître et à s'aimer. Les cinq cents pages se lisent facilement même si çà et là on ressent quelques longueurs, notamment dans le récit de l'histoire de Sam. Cependant, il faut noter que le tout est très bien maîtrisé: l'auteur ne s'est pas laissé envahir par la trame labyrinthique de l'histoire et la situation finale est en parfaite adéquation avec le reste. Bref, un bon moment de lecture qui, si vous êtes marié(e) (ou non d'ailleurs) vous permettra de mettre en perspective avec votre propre vécu, pourquoi pas.
Bonne lecture!

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