Les années douces, Hiromi Kawakami

Ed. Picquier Poche, février 2005, 283 pages, 7.6 euros

Une parenthèse enchantée

 

La narratrice, Tsukiko, croise par hasard dans un café. son ancien professeur de japonais qu'elle surnomme le maître.
 Au fil du temps, leurs rencontres de hasard autour d'un saké ou d'un repas, deviennent des rendez-vous ou des escapades en montagne. D'une présence amicale venant distraire la solitude de la jeune femme, la présence du maître devient un besoin. Comme le disait la grand-tante à propos de l'amour: "on le nourrit, alors bien sûr, il finit par grandir." Or, la grande différence d'âge entre eux fait que Tsukiko se donne une "interdiction absolue d'espérer". D'ailleurs, elle dit de sa vie: "sur une île inconnue, j'avance toute seule sur un chemin inconnu, au hasard, sans avoir trouvé la note juste avec cet homme, le maître".
Du coup, ensemble, ils profitent du quotidien, s'octroyant des pauses où chacun vit de son côté, puis reprennent leurs conversations jusqu'au bout de la nuit. Délicatement, le lecteur sent que l'amour entre ces deux êtres que tout sépare grandit malgré eux. Le besoin de la présence de l'autre donne un sens à leur vie, et Tsukiko, en revoyant un ami de lycée, se rend bien compte que les hommes de son âge ne l'intéressent plus. Mais, le maître est âgé, l'avenir à deux devient une notion quasiment abstraite.
 Alors, à défaut de combattre la précarité du temps qui passe, les deux protagonistes profitent de ce qui leur est offert, et font de la nature une partie intégrante de leur histoire commune. En utilisant une prose fluide et délicate, l'auteur dit qu'il faut vivre tout simplement. Du chant d'un grillon coincé dans la tuyauterie, au plaisir de manger un tofu, chaque petite action devient un événement unique dont il faut profiter pleinement. Ainsi, on arrive au bout du récit comme dans un moment suspendu de la réalité, une parenthèse enchantée.

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