Le convoi de l'eau, Akira Yoshimura

Ed. Actes Sud Babel, octobre 2013, 176 pages, 6.6 euros

"Puissiez-vous vivre des jours paisibles"


Imaginez un hameau isolé au fin fond d'une montagne où les habitants vivent en autarcie depuis des décennies et selon leurs propres règles. Imaginez qu'ils soient contraints et forcés de partir car un barrage hydroélectrique doit noyer leurs habitations. Imaginez enfin, les ouvriers de ce barrage qui s'installent près de cet étrange village et se sentent inexplicablement attirés par les habitants...Yoshimura nous emmène au fin fond de la forêt et de la montagne, où la brume met des heures à se lever, où des sources chaudes abondent inexplicablement au milieu de la nature luxuriante. Et au cœur de tout ça, le narrateur, ancien détenu et meurtrier de son épouse, venu travailler comme ouvrier sur le chantier du barrage. A force d'observer les villageois qui ne se mêlent à personne, il ressent une forte attraction et une paix psychologique perdue depuis longtemps:
"j'avais l'impression qu'avec le départ de ses habitants je risquais de perdre le peu de tranquillité de cœur que je venais enfin d'acquérir."
 Il envie ces gens assez sauvages, en harmonie avec la nature et en paix avec ses morts...La narration fluide du texte permet de lire ce roman comme un conte. Certes, l'action y est peu présente, le temps s'écoule comme les gouttes de rosée tombent des feuilles, mais jamais je ne me suis ennuyée. l'auteur se plaît à comparer la civilisation, incarnée par les ouvriers, et les défauts qu'elle engendre, avec les villageois qui diffèrent en tout point de leurs "envahisseurs". Pas de combat, pas de joutes verbales avant l'évacuation, mais une leçon de vie et de valeurs que seul le narrateur semble comprendre et vouloir conserver. Le sujet est étrange mais admirablement construit et traité, le tout servi par une grande maîtrise stylistique. Un très beau livre.

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