La voix, Arnaldur Indridason

Ed. Point Seuil, janvier 2008, 400 pages, 7.6 euros

L'enfant illégitime du monde


Pour le commissaire Erlendur (Sveinsson) Noël est une sale période. En effet, non seulement, il se retrouve face aux vieux démons de son enfance, mais aussi face à sa culpabilité de père autrefois absent. Désormais, être seul avec un livre dans son appartement est ce qui ressemble à son réveillon de Noël.
Pourtant, son programme va être perturbé, car, dans le plus grand hôtel de la capitale islandaise, on vient de retrouver le Père Noël mort, le pantalon sur les genoux, le préservatif encore sur le sexe...Pas facile de persuader le directeur de mener l'enquête sur le terrain alors que les locaux sont en pleine effervescence, bondés de touristes venus passer les fêtes dans une ambiance nordique.
Pour bien prendre le pouls des lieux, mais aussi pour fuir le silence de son appartement, Erlendur décide de prendre une chambre dans cet hôtel. Ainsi, espère-t-il que "cette impression d'en avoir assez de soi" va s'estomper.
En interrogeant les salariés et un client, un certain Henry Wapshott, le commissaire apprend que la victime, Gulli, portier de l'hôtel,  était un ancien enfant star, un petit choriste à la voix exceptionnelle, dont les deux seuls disques s'arrachaient  des milliers de couronnes sur le marché des collectionneurs. Il sent que son enquête doit s'orienter sur le passé de cet homme à l'enfance unique.
Justement, est-ce la période ou les faits, mais Erlendur est confronté  aux souvenirs récurrents entourant la disparition de son jeune frère. Il traîne un sentiment de culpabilité tenace qui creuse une cavité au fin fond de lui-même:
"Et à la façon dont cette cavité s'agrandissait constamment alors qu'il évitait d'en approcher le bord d'où il pouvait voir l'abîme tout prêt à l'avaler le jour où il finirait par tomber."
En perdant son frère, une partie de son être intime a péri avec lui, "quelque chose qu'il possédait avant".
Et pour couronner le tout, sa fille, Eva Lind, lui annonce qu'elle a de plus en plus de mal à supporter "cette vie de merde" sans drogue...
Contrarié par sa fille, fatigué de ses nuits blanches à penser à son passé , contraint d'interroger des témoins plus ou moins caractériels, Erlendur est proche de la rupture. Heureusement, ses collègues Elinborg et Sigurdur Oli ne sont jamais loin.

Cette enquête tire son originalité des points communs entre la victime et le commissaire alors que tous deux sont issus de milieux tout à fait différents. De plus, comme dans chaque roman, on en sait un peu plus sur les cicatrices d'Erlendur qui  suintent au point qu'elles sont en fait des béances qu'il cherche en vain à colmater.
En partant du principe que "le passé est une chose à laquelle on peut se raccrocher. Même s'il arrive parfois aussi qu'il mente", notre anti-héros mène son enquête de façon méthodique et efficace. Ainsi, la recherche de la vérité et les moyens mis en œuvre servent de balise, de bouée de secours à ce policier dont l'âme est en train de se noyer inexorablement.


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