Enfants de la forêt, Béatrice Massini

Ed. La joie de lire, traduit de l'italien par Françoise Liffran, collection Encrage, janvier 2012, 200 pages, 16.5 euros

Lire = être libre.


Le thème des enfants livrés à eux-mêmes est peu usité en littérature. D'ailleurs, lorsqu'on évoque le sujet, une seule référence revient, Sa majesté des mouches...Contrairement à ce roman, Enfants de la forêt ne traite pas des rapports des enfants entre eux, mais d'un cheminement libérateur.

Sur une planète non précisée, chauffée par l'Aster le jour, mais ne connaissant pas de Lune la nuit, ravagée par l'explosion d'une bombe nucléaire, un semblant de société semble se reconstruire, dirigé par des Pionniers, communauté dont on ne sait rien, sauf que les enfants en ont peur. Ces derniers sont ramassés et regroupés dans une Base.

Livrés à eux-mêmes, négligés, ils sont surveillés jour et nuit par des caméras: "pas de lumières, pas de cabines, pas de bains, pas de cafétéria. Fixées sur des hauts pylônes, des caméras d'un modèle archaïque étaient un des rares signaux d'une présence adulte, qu'elle fut rassurante ou menaçante."

Seule la distribution d'un somnifère le soir et de rations alimentaires assurent leur survie.
Et pourtant, à l'arrivée de Tom, un petit groupe se forme à ses côtés, épaulé aussi par Hana. Tom possède un Tesson c'est à dire un souvenir, "une douleur de la mémoire d'avant": un livre. En faisant la lecture de contes à ses semblables, germe l'idée d'une fuite possible dans la forêt.
Sous les yeux des gardiens Jonas et Ruben, ils quittent le camp pour s'engouffrer parmi les arbres. Dès lors, leur vie prend une toute autre tournure: "ils étaient vivants dans le meilleur sens du terme (...),leur vie ne consistait pas à attendre le soir puis le lendemain, mais à agir, à créer."

Le livre a donné la force "de changer les choses", il a insufflé un mouvement libérateur, et la possibilité de se souvenir de l'existence d'avant. Cependant, la liberté à un prix...
Découverte jeunesse flirtant avec le thème apocalyptique si cher et si attractif à nos jeunes ados, ce roman procure une lecture agréable sans véritable fausse note sauf une petite faiblesse quant au traitement de la fin.
Plus généralement, on suit un groupe d'enfants passant de l'état quasi végétatif à la raison grâce à une fuite en forêt et la prise de conscience de l'objet livre. C'est un peu le mythe de la caverne revisité et remis au goût du jour, mais qui pose les bonnes questions quant à la place de la jeunesse dans la société et la richesse apportée par la lecture.

Un livre pour le jeunes (et moins jeunes) curieux!
A partir de 12 ans.

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