Photo de groupe au bord du fleuve, Emmanuel Dongala

Ed. Actes  Sud / Babel, septembre 2012, 446 pages, 10 euros

Les femmes sont l'avenir de l'Afrique

 

Roman social ou chronique africaine? En tout cas c'est une œuvre très complète sur le quotidien des Africains aujourd'hui. Dans un pays non nommé qu'on soupçonne fortement être le Congo, Méréana et ses compagnes de lutte gagnent modestement leur vie en cassant des cailloux qui serviront à fabriquer le prochain aéroport international. Parce que la revente de leurs sacs de misères rapportent beaucoup d'argent, elles veulent elles aussi bénéficier de l'inflation et augmenter leurs tarifs. Mais, pour qui se prennent-elles? S'ensuit un combat quotidien contre le pouvoir, la corruption, et les hommes. 
Cette revendication sert de "colonne vertébrale" au récit, et permet à l'auteur, par le biais de ses personnages, de raconter son Afrique, celle des diplômés au chômage, des grossesses non voulues, des viols, des mariages forcés, du VIH...Mais pour ne pas sombrer dans le pessimisme le plus complet, Dongala a mis en scène des femmes joyeuses et solidaires malgré les vicissitudes de la vie. Ainsi, plusieurs fois, j'ai partagé les fous rire de Méréana, Anne-Marie, Atareta Moukiétou, Bilala, Iyissou et Bileko qui, le jour de leur première victoire, ont posé pour une photo de groupe sur le portable d'une des leurs. Elles sont les voix de la sagesse; dignité, honnêteté, solidarité et honneur sont les maîtres mots: "une revanche n'est jamais saine à cause des relents de vengeance qu'elle implique. C'est plutôt de respect qu'il s'agit. Il faut apprendre aux hommes à respecter les femmes."
 Et pourtant le quotidien n'est pas rose, et les violences faites aux femmes reviennent tel un leitmotiv à travers les informations de la radio qu'écoutent tous les matins Méréana. Tant pis, et jusqu'aux arcanes du pouvoir, elles se feront entendre...
C'est un roman profondément féminin, pourtant écrit par un homme, qui rend hommage à la femme africaine. L'auteur a choisi d'interpeller son héroïne en utilisant le pronom personnel tu, pour, à mon avis, la mettre en valeur et la sublimer. En conclusion, un très beau roman à se procurer sans hésitation pour passer un très bon moment de lecture.

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