L'odeur du café, Dany Laferrière

  Ed du Rocher, août 2011, 226 pages, 8.2 euros

Chronique nostalgique d'une enfance en Haïti
Ce livre n'est pas un roman mais un récit construit à partir des souvenirs de l'auteur. A dix ans, malade, il se rappelle avoir passé les vacances près de sa grand-mère Da au lieu de courir les rues avec ses copains. Celle-ci passe ses journées assise dans sa galerie (véranda ouverte) donnant sur la rue. Elle connait tout le monde, et à chaque fois que quelqu'un passe elle lui propose une goutte de café. Ce café des Palmes, c'est un élixir que Da reste longtemps à humer. Autour d'une tasse, chacun y va de sa rumeur, de ses soucis...Le petit fils y croise une mariée un peu folle, un prince laid et pauvre et qui pourtant a eu les plus belles femmes à ses pieds, et des gens aux noms poétiques: le docteur Cayemitte, Zette,le notaire Loné, Willy Bony, Augereau, Timise et les autres...Haïti est le pays où on "remarque qu'après une forte et brève pluie, les gens semblent plus heureux", Haïti est le pays de Da. Elle apprend à Dany les choses de la vie. Tout en le préservant, elle lui inculque les bonnes manières et la douceur de vivre. Aux questions lancinantes du garçon sur la mort et les esprits, elle lui dit qu"on est vraiment mort quand il n'y a personne pour se rappeler notre nom sur cette Terre." On est loin de l'image chaotique et misérable de ce pays. On sent en arrière plan que la difficulté de vivre est réelle, mais elle n'entame en rien la bonne humeur des habitants de Petit Goâve. Excentriques, superstitieux, heureux ou malheureux, chacun a le droit à sa tasse de café. Da ne les juge pas, elle les écoute. Et le bonheur de ce livre, c'est le rythme lancinant, doux comme la torpeur créole lorsque le soleil est à son zénith. On a l'impression d'entendre le roulis des vagues sur la plage, les gens rire dans la rue...On joue avec le narrateur au football, on le suit avec son ami Frantz dans l"école déserte. Bref, un pur moment de lecture bonheur et un bel hommage à l'enfance.