La lumière du détroit, Hitonari Tsuji

Ed. Folio Gallimard, traduction de Corinne Atlan, mai 2003, 187 pages, 4.9 euros

Blessures d'enfance


Saito est gardien de prison à Hakodate, petite ville construite sur une étendue de sable entre deux montagnes. D'un naturel solitaire, respectueux de la loi et de la morale, son quotidien va vite être perturbé par la venue d'un nouveau prisonnier, Hanai. En effet, ce dernier est une vieille connaissance de notre narrateur. Il fut d'abord son ami en primaire pour devenir ensuite son tortionnaire.

Hanai semble avoir développé très tôt un comportement trouble et pervers. Saito se souvient d'un enfant bien sous tout rapport devant la foule mais sadique une fois que personne ne le regarde. Persuadé qu'il n'a pas changé depuis, le gardien va observer ce nouveau prisonnier. Dès lors, une remise en cause de toutes ses certitudes se fait jour. Hakodate devient la "ville prison" que Saito n'a jamais quittée et qui ne peut que raviver les vieilles blessures .

A force, notre narrateur veut échapper à lui-même et à cette vie trop étriquée qu'il s'est forgée et qui ne lui correspond plus. Finalement, même adulte, même détenu, Hanai continue à avoir de l'ascendance sur son vieil ami. Il devient "la brûlure de cette irritation qui lui fouaille les chairs sans le moindre répit". Alors, Saito comprend vite que sa crise existentielle prendra fin que si Hanai révèle enfin au grand monde qu'il n'est pas celui qu'il veut bien montrer, ce qui exorcisera les anciens tourments.

Grâce à une narration simple, Tsuji propose une histoire intéressante à la fin soignée. Il démontre que les blessures d'enfance sont toujours vives et ne peuvent être guéries que par un long travail sur soi. Le récit se déroule près de la mer dont l'état d'agitation, étrangement, fait corps avec les états d'âme du narrateur, et donne un rythme lancinant à l'ensemble.

 Un bon roman à découvrir!