Nos cheveux blanchiront avec nos yeux, Thomas Vinau

Ed. 10/18, août 2012, 91 pages, 6.1 euros

Se réconcilier avec le monde

 

Ce petit livre d'à peine cent pages se décline en deux moments: dans le premier, Walther parcourt l'Europe en nomade, sans objectif bien précis, depuis que sa compagne Sally lui a annoncé sa grossesse. Dans le second, Walther est rentré chez eux, dans ce "chaos velouté" où il apprend à être père.
Pas d'intrigue à proprement parler, mais de petits paragraphes où le narrateur découvre le monde et son propre moi. De découverte en découverte, du nord de l'Europe au détroit de Gibraltar où il veut libérer Pec son Merle noir d'Ostende, qu'il a sauvé un jour des griffes d'un chat, Walther cherche un endroit "où se sentir chez lui". Il est l'incarnation de l'homme en transit, ayant l'impression tenace d'"être de la cendre", mais qui se remplit de toutes les choses qu'ils voient et qui fatiguent sa vue.
"L'Europe est un immense filet glacé et moi je suis un de ces poissons trop maigres qui passent à travers les mailles."
Finalement de retour chez lui, persuadé parfois d'être une imposture comme "ce chat peureux qui se fait passer pour un lion", Walther devient père un peu plus chaque jour et se rend compte que "la grande chose est minuscule, elle tient toute entière dans nos bras. Elle tient toute entière dans nos cœurs." Or, Sally, "sourde aux vacarmes de ses défaites" lui apprend à apprécier le cocon familial rempli de ces "heures sans fond" lorsque l'être aimé s'absente pour travailler.
"Tous les matins qui m'éloignent de toi sont des nuits", pense Walther...
"Ici ça va", "la vie marche devant. Elle ne cesse de grandir."
Le temps passe, les saisons se succèdent et influencent les réflexions du narrateur. L'errance géographique puis la succession des saisons ponctuent la narration. L'espace et le temps, choses immuables de l'existence sont les boussoles d'un Walther qui se cherche puis enfin se trouve.
On est frappé par cette écriture poétique qui parfois se contente de phrases nominales. On est frappé par l'auteur qui use sans abuser de l'art de l'oxymore et de l'ellipse pour expliquer son monde.
Thomas Vinau conclut son livre par une réflexion sur le livre et l'écriture, véritables solutions:
"L'écriture est pour moi un moyen d'être compatible avec l'existence. De me concilier avec le monde. De me réconcilier. Un moyen d'avoir une prise sur lui."
Un petit bijou littéraire à s'offrir.

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