Accéder au contenu principal

Le coeur régulier, Olivier Adam

  Ed. Points Seuil, août 2011, 216 pages, 6.3 euros


Mon Goncourt de "la dérive des sentiments"

 
J'ai terminé ce livre peu après l'annonce du Prix Goncourt 2010. Ouf, la sinistrose ne m'a pas envahie car Olivier Adam fait partie de ces écrivains qui comptent dans la littérature française, et surtout qui prouvent qu'on n'a pas besoin de prix pour être lu. Certes, ce n'est pas non plus l'auteur de la joie et de la bonne humeur, mais au fil des œuvres, il a su marqué son empreinte et devenir maître dans la description des sentiments qui vous laissent exsangues et remettent en cause tout le reste. Sarah est l'ombre d'elle même depuis la mort de son frère Nathan, "quasi jumeau" cadet d'un an, qui vivait en marge de la société. A en croire le récit de sa vie, il semble être un éternel adolescent qui n'a jamais fini sa crise, remettant en cause systématiquement l'ordre établi d'une vie tranquille. C'est justement ce choix de vie chez Sarah qui l'a irrémédiablement séparé de son frère chéri. Sa mort provoque en elle une faille et une totale remise en question : "vu de près, dans le cours ordinaire, on ne voit rien de sa propre vie. Pour la saisir, il faut s'en extraire, exécuter un pas léger de côté." 
Sarah décide de se rendre au Japon sur les pas de Nathan, et surtout de l'homme qui l'a sauvé du suicide : Natsume, ancien flic à la retraite qui est là pour sauver les gens contre eux-même. L'auteur, "incruste" l'analyse psychologique du mal être de Sarah dans la description d'un Japon sauvage et superbe où encore une fois, la mer joue un rôle à la fois salvateur et hypnotique. Au fur et à mesure de sa quête personnelle, Sarah va sentir battre en elle " un coeur régulier", et faire la paix avec elle-même, ses enfants et son mari. Olivier Adam écrit "personne n'a envie de mourir. Tout le monde veut vivre, seulement, à certaines périodes de notre vie, ça devient juste impossible." 
Cette phrase terrible et tellement vraie résume son nouveau roman. Pas de pathos, juste une très belle écriture, et mon prix Goncourt à moi!

Posts les plus consultés de ce blog

Birthday Girl, Haruki Murakami

La nouvelle, parue une première fois en 2008 dans le recueil Saules aveugles, femme endormie (Belfond, traduction Hélène Morita) raconte l'étrange anniversaire de la narratrice, le jour de ses vingt ans.

Vingt ans, c'est un cap, c'est le basculement vers l'âge adulte, la fin de l'adolescence. La narratrice l'a bien compris, et pour éviter de trop penser, elle a décidé de faire de son jour d'anniversaire un jour comme les autres. Au lieu de prendre une journée de congé, elle préfère effectuer son travail de serveuse, comme les autres jours de l'année.
Dans le restaurant italien où elle travaille, elle fait maintenant partie des murs, et elle sait comment faire pour ne pas attirer les foudres de son patron. L'ambiance n'est pas des plus géniales, mais au moins on la laisse tranquille ; n'empêche il y flotte comme une atmosphère empreinte d'étrangeté, symbolisée par celle qui trône à la caisse :
"On murmurait qu'elle siégeait là san…

L'Eté de Katya, Trevanian

Récit d'un amour malheureux durant le dernier été avant la Grande Guerre, L'été de Katya est aussi un thriller psychologique qui amène inexorablement le lecteur vers un épilogue dramatique. Jean-Marc Montjean est revenu sur Salies, petit village du Pays Basque d'où il est originaire, après avoir fait ses armes à Paris en tant que médecin. Il assiste le docteur Gros, figure locale et coureur patenté. A Salies tout le monde se connaît, et les rumeurs vont toujours bon train. Depuis quelques temps, la famille Treville est venue emménager à Etcheverria, une propriété quasiment à l'abandon. On sait peu de choses d'eux sinon qu'ils sont très discrets.
"Ce premier coup d’œil, par-dessous mon canotier, fut distrait et rapide, et je replongeai dans mes pensées. Sauf que, presque immédiatement, mon regard fut de nouveau attiré."
Lors d'un après midi à révasser, Jean-Marc croise une ravissante jeune fille qui lui demande de l'aide : son frère est tombé en…

Heather, par dessus-tout, Matthew Weiner

Ed. Gallimard, novembre 2017, collection Du Monde Entier,  traduit de l'anglais (USA) par Céline Leroy, 144 pages, 14.50 €
Titre original : Heather, the totality


Le créateur de la série culte Mad Men raconte dans ce premier roman toute la difficulté de la parentalité masculine dans une Amérique où les rapports de classes se creusent inexorablement.

Depuis la naissance de leur fille Heather, la vie de Mark est un long combat silencieux pour préserver sa place au sein de la famille qu'il a fondée avec Karen. Pour cette dernière, Heather est devenue le centre de tout, au point de mettre de côté sa vie d'épouse.
"En fait, à la seconde où sa fille était née, Karen avait su qu'elle lui consacrerait tout son temps et toute son attention, et ce aussi longtemps qu'elle le pourrait". Elle veut être une mère parfaite, et à défaut d'avoir des amies, veut que les autres femmes à la sortie de l'école la ressentent comme telle. Chacun de leur côté, leur existence …