Des vents contraires, Olivier Adam

Ed. Points Seuil, janvier 2010, 282 pages, 7.2 euros

 

"Un seul être vous manque et tout est dépeuplé" (Lamartine) 

 

Paul Anderen et ses deux enfants sont meurtris depuis que Sarah, leur épouse et mère, est partie sans laisser de traces. Départ volontaire, enlèvement, suicide, ils ne savent rien et tentent de vivre avec ce "trou dans le cœur et du vent dans la poitrine". Paul est un homme à la dérive qui tente de protéger le mieux qu'il peut ses deux enfants de l'absence de leur mère. Pour changer d'environnement, ils déménagent à Saint Malo. Paul, sous une carapace d'ours, tente de s'ouvrir aux autres. Il y rencontre des gens qui, comme lui, ont tous une blessure profonde au cœur, mais continuent de vivre malgré tout.
La plage, la pêche et les retrouvailles avec la famille sont autant de bulles de bien être pour ses enfants mais aussi pour lui. C'est l'espoir d'un après possible: "j'allais cesser de fuir. Je n'allais plus les lâcher d'une semelle, j'allais les sortir, inventer des jeux, des histoires. J'allais leur parler de leur mère et de la vie d'après."
Le sujet n'est pas très gai, mais Olivier Adam a su trouver les mots pour faire de cette famille "amputée" un trio vraisemblable. Les descriptions de paysage succèdent aux scènes entre les personnages pour mieux cerner les états d'esprit de chacun des protagonistes. Les instants magiques et les éclats de rire de Manon viennent rompre le quotidien pesant et l'absence de l'autre, infinie. Seules les nuits de Paul sont des gouffres que même l'alcool n'arrive pas à combler. Le lecteur sent avec Paul que l'avenir n'est pas rose, que la mauvaise nouvelle semble inéluctable...Mais, il reste sous le charme de cet homme debout coûte que coûte qui étreint ses enfants de façon presque animale car . Paul Anderen force l'admiration, ses enfants aussi. Olivier Adam a signé ici un grand livre de par sa justesse et sa pudeur.
"les mots manquent, ne restent plus que les gestes"

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