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Trois grands fauves, Hugo Boris

Ed Belfond, 14 août 2013, 201 pages, 18 €

Célèbres et immortels.


Danton, Victor Hugo, Winston Churchill, trois grands noms, trois grands fauves de l’histoire politique dont le point commun, en plus de cette dernière, est d’avoir été confrontés très tôt à la mort.
Piétiné par un taureau à l’âge de quatre ans, Danton survécut mais son visage perdit toute grâce. Or, ce ne fut que la première rencontre ratée avec la faucheuse. En effet, « l’Arcisien vérolé » croisa sa route plusieurs fois, et à défaut de trépasser, il en porta les stigmates physiques ou émotionnels. Ainsi, le premier Garde des Sceaux de la République, noceur infatigable, se jeta corps et âme dans la politique pour oublier sa laideur et dévoiler, à ceux qui se détournaient en le voyant, qu’on peut être beau autrement.
« La charpente de son corps va bien à la hideur de ses traits, évoque quelque fauve hirsute et le souvenir lointain d’une espérance mal éteinte ».
Portrait de Danton
Dès lors, ses discours vont le transfigurer, le rendre même attirant ; il va multiplier les conquêtes féminines, incapable de rester fidèle à son premier amour. Danton va employer les phrases pour faire reculer son souvenir de la mort :
« Prononcées par lui, les phrases ne sont plus les mêmes, transfigurées, magnifiées par la puissance de sa voix de basse, contre le velours menaçant de son regard. Il fait de l’or de ce problème. Et, à la fin, c’est son intervention que l’on retient ».
Seul Robespierre fera en sorte que son ministre et la faucheuse aient une dernière rencontre…
Selon l’auteur, Victor Hugo incarne à lui tout seul l’image de l’ogre dévoreur de petits. En effet, le grand homme eut quatre enfants, dont une seule survécut mais fut internée toute sa vie. Les médecins interdirent à l’écrivain de venir lui rendre visite afin de lui préserver le peu de santé qui lui restait.
« Il paie pour avoir négligé les siens. Oui, il paie pour cela, parce qu’il aime ailleurs, passionnément. Puisque tout est correspondance, manifestation, symbole, nombre, il finira bien par trouver ».
Victor Hugo
Hugo culpabilise. Celui qu’on appelle le Messie de Jersey se persuade que la mort réclame son dû pour le punir de ses pêchés de chair. L’homme de lettres réputé athée bascule dans le spiritisme, espérant communiquer avec Léopoldine, en vain. Les années passent, et c’est dans l’art d’être grand-père avec Georges et Jeanne que l’auteur des Misérables va apaiser « ses relations » avec la mort.
« Le petit dogue intransigeant bégaie et zézaie, mais il a toujours le dernier mot ». Voilà comment on présentait Winston Churchill lorsqu’il était petit. Enfant mal aimé d’un père qui ne verr

a en lui que déception et doute, fils d’une mère toujours absente et mondaine, le futur grand homme va passer sa jeunesse à prouver aux siens qu’il est capable de.
« Winston porte sur lui son désamour comme un couteau dans le cou ».
Churchill
La première guerre mondiale va lui permettre d’éloigner Black Dog, nom qu’il donne pour désigner sa dépression rampante. Confronté très tôt à la mort sur le front, il comprend vite que cette dernière ne veut pas de lui tout de suite. Il se jette donc corps et âme dans les combats, bravant les dangers, et cette attitude ne changera pas lors du second conflit. N’était-il pas le seul que Hitler craignait ?
Hugo Boris a fait le choix de portraits subjectifs et anecdotiques pour en tirer une « substantifique moelle » originale, les liant tous les trois fictionnellement et intelligemment. La mort est le fil d’Ariane du récit. Les portraits deviennent fragments de vie où on pointe du doigt les rencontres directes ou indirectes avec la faucheuse. Ces face à face les rendent exceptionnels par rapport à leurs semblables. Ayant conscience très tôt de la mesure du trépas, cette assimilation les a rendus plus forts. Ces trois grands hommes deviennent « de grands fauves », incarnations de courage pour la population, et figures immortelles de l’Histoire.


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