Sommeil, Haruki Murakami

Traduit du japonais par Corinne Atlan, Ed 10/18, août 2011, 92 pages, 8.4 euros

Et si je ne dormais plus? 

La narratrice a toujours eu de petits soucis de sommeil. Il fut même une période, lorsqu'elle était étudiante, où elle dormait debout, totalement comateuse sans que sa famille sans aperçoive. Bien ancrée dans une routine familiale entre un mari dentiste et un petit garçon, tout va bien pour elle, jusqu'à un soir où le sommeil lui échappe. Un rêve éveillé assez étrange mettant en scène un homme au profil digne d'un personnage de Stephen King, et une carafe d'eau, la destabilise complètement. Dès lors, elle ne dort plus du tout la nuit sans pour autant en ressentir les effets secondaires. Est-elle folle? Elle ne le pense pas. Est-elle malade? Peut-être, car elle ne bénéficie plus de "cet acte réparateur destiné à refroidir le moteur". En tout cas, la narratrice s'organise pour combler ses nuits et se plonge dans la lecture d'Anna Karénine, au point d'en devenir une fervente lectrice! Murakami a choisi un personnage "bien sous tous rapports" submergé un jour par un événement "déraisonné". A force de vouloir trouver une explication, le lecteur accompagne l'héroÏne vers les retranchements obscurs de la mort: et si la mort n'était qu'une vie sans sommeil? L'état de veille permanent devient un état de fait mais aussi un moyen d'analyser sa vie et d'y donner un sens. De plus, depuis qu'elle ne dort plus, elle se sent de mieux en mieux, alors à quoi bon? A défaut de comprendre, mieux vaut accepter la situation...Et ce ne sont pas les illustrations de Kat Menschik qui apporteront un sens nouveau à cette mystérieuse nouvelle. En utilisant des couleurs tels le bleu et le noir, elle ne révèle pas la clé des songes mais en apprivoise ses aspects. Elle donne corps à l'univers étrange de Murakami et visualise les scènes clés du récit.

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