Sin Semillas, Kazushige Abe

 Ed Philippe Picquier, traduit du japonais par Jacques Lévy, février 2013, 838 pages, 28.5 euros

 Roman puzzle


Livre fleuve, roman tentaculaire, labyrinthique, respectant une unité d'action telle (la ville de Jinmachi) que le récit en devient parfois étouffant. Car Jinmachi n'est pas la petite ville japonaise sans histoire; en effet, à elle toute seule, elle concentre deux grosses familles mafieuses qui, autrefois alliées, sont devenues ennemies. Et, en observant à la loupe ces deux familles, on s'aperçoit, non seulement que leurs membres cumulent les "infractions", mais en plus entretiennent des mœurs pour le moins étranges.


"Un suicide, un accident et une disparition. Dans les trois cas, chacune semblait cacher quelque chose."


A partir de ces trois faits divers non résolus, le lecteur plonge dans une intrigue aux strates et ramifications nombreuses, nourries par les rumeurs les plus folles où tout le monde soupçonne tout le monde. La difficulté est que les personnages sont nombreux, aux patronymes japonais, d'où une liste en fin de roman pour s'y retrouver! De plus, en se penchant sur l'aspect judiciaire des événements, se rajoute une affaire de voyeurisme et de déviance sexuelle, car à Jinmachi, un groupe a pris un malin plaisir à prendre des vidéos volés d'habitants dans des situations intimes, et a le projet d'un système de type Big Brother...


En presque huit cents pages, l'auteur décortique le fonctionnement interne d'une micro société. Il est l'entomologiste qui a braqué sa loupe sur une fourmilière et en observe les règles. Même les spectres font partie du récit! Par une mise en abyme intelligente, l'auteur se trouve même un rôle dans ce vaste diaporama.


Sin Semillas est un roman-puzzle dérangeant à plus d'un titre, qui décortique tous les aspects sombres de la nature humaine. Lorsque Jinmachi est engloutie par les eaux, on ne peut que faire le rapprochement avec le déluge biblique. Ou, si on veut filer la métaphore, Jinmachi est la Sodome japonaise...


Il est impossible de s'attacher à un personnage: les sentiments bons n'y ont pas leur place, le sentimentalisme non plus. Le sexe remplace l'amour, la violence, les gestes d'affection. Pourtant, on reste scotché par la description de ce mini univers sans morale, sans graines (traduction littérale du titre) vouée à une destruction certaine.


Kazushige Abe a signé un roman extrêmement travaillé, difficile à suivre au début, mais rapidement attractif par les thèmes étudiés.