Sacrifice à la lune, Marcus Sedgwick

Ed Thierry Magnier,traduit de l'anglais (GB) par Valérie Dayre, août 2013. 336 p, 14,90 €

Marcus Sedgwick avait enthousiasmé ses lecteurs avec Revolver son précédent roman, huis clos au cœur du Grand Nord. Cette fois-ci, l'auteur a choisi d'écrire un roman inspiré essentiellement d'un tableau contemporain du peintre Carl Larsson, exposé au Musée National de Stockholm, le Mindvinterblot.
Au lieu de roman, autant filé la métaphore rupestre et employer le mot fresque. En effet, Sacrifice à la Lune est une histoire ambitieuse, étalée sur plusieurs siècles (entre le Xème et 2073 pour être plus précis), remettant en scène, à chaque fois, les mêmes personnages: Eric et Merle. Ils s'aiment, mais seule la nature de leur amour change au fil du temps. En effet, parfois, ils sont amants, parfois frères et sœurs, parfois père et fille ou mère et fils. Cependant, leur relation reste fusionnelle et entière. Le temps a beau leur ôter tout souvenir, il reste en eux cette sensation de se connaître depuis longtemps, de se compléter :
"Un déclic, c'est tout. Comme il a senti un déclic en voyant Merle."
Eric et Merle évoluent sur l'Ile de Blessed, qualifiée par certain d'île des Bienheureux, par d'autres, île sanglante. A cet endroit, ce ne sont pas les saisons qui rythment la vie des habitants, mais bien la lune. C'est elle qui date les événements; floraison, fenaison, fruitière ou encore sanglante, chacune symbolise un événement ou une tâche à accomplir. Surtout, elle évite le sentiment de l'oubli à travers les générations:
"Les jours passent.
Une journée se fond dans la suivante, le soleil immuable unifiant le passage du temps calendaire en une unique et longue symphonie de joie. De beauté, de joie, et d'oubli.
Toujours l'oubli.
Les jours passent."
En effet, l'auteur insiste sur le fait que l'oubli est un phénomène inquiétant sur cette île. Peut-être est-il généré par la tisane concoctée à partir de la fleur de Dragon qui ne pousse que sur la partie Ouest de Blessed. En tout cas, inexorablement, Eric et Merle se réincarnent, se retrouvent, et s'aiment.
Au fur et à mesure du récit, le lecteur comprend bien qu'il y a une malédiction derrière tout ça, que tout est trop beau pour être honnête, car si on observe bien le tableau référent, il s'agit d'une scène de sacrifice royal…
Plus on avance dans le récit, plus on remonte le temps, plus la clé de l'énigme se dévoile. Sedgwick a fait le choix de chapitres courts, ordonnés en parties bien cloisonnées, pour mener le lecteur vers l'effroyable vérité.
Vampirisme, fantastique, malédiction, amour, autant de thèmes qui, mis ensemble, forme une fresque flamboyante. Les amours d'Eric et Merle se consument à travers le temps, tout comme le terrible secret qui les unit, car "il en va ainsi".