Accéder au contenu principal

RUE DES ALBUMS (8bis): Dix questions à François Aubin, auteur de Notre Télé

1) D’où vous est venue cette idée d’une télévision omnivore ?

Il doit y avoir chez moi une obsession pour la télé. J’avais déjà écrit une histoire sur ce sujet il y a quelques années. Un papa traversait l’écran de son poste de télévision pour atterrir au milieu du match de foot qu’il était en train de regarder. Il faut peut être y voir des réminiscences de films d’horreur mal digérés (comme Poltergeist). Mais consciemment, c’est plutôt la science fiction qui m’a inspiré, la chute de l’histoire ouvre plutôt sur une problématique de fiction d’anticipation.

2) Au début de l’album, la famille vit très bien sans télé. Croyez-vous que l’appareil peut être un facteur déterminant dans le changement des habitudes familiales ?
Il me semble que personne n’est à l’abri de se faire happer par la télé. La plupart des gens que je connais qui vivent sans télévision ont fait ce choix pour se prémunir de l’addiction. Le problème est « Comment vivre bien avec la télé ». Dans mon histoire il semble bien que personne n’est prêt à accueillir ce nouveau média « dévorant ».

3) Au fil des pages, le jaune vif de l’appareil saute aux yeux du lecteur. Comment avez-vous fait le choix des couleurs pour les illustrations ?

La couleur a été un long travail avec l’éditeur, il a fallu que je recentre les gammes de couleur pour créer une harmonie qui jure avec « Le monstre » jaune.

4) Sans prendre la parole, la télé devient une menace constante au point de chambouler la vie d’une famille entière. Est-ce une façon de formuler la dépendance que nous avons vis-à-vis de l’écran ?

Je n’ai pas eu envie de faire la morale à qui que ce soit. Mon histoire est d’abord une fiction, ce qui est intéressant c’est de prendre certaines expressions de tous les jours et de les mettre en image au premier degré : « Dévorer un programme » par exemple. A partir de là tout peut arriver. Ce qui est intéressant c’est le décalage.

5) La sœur accueille le lot d’un œil circonspect, puis la mère entre en résistance. Est-ce synonyme que les filles sont moins influençables et dépendantes que les garçons en matière de programmes télévisuels ?

Sur le plan de la dépendance, je crois qu’il n’y a pas de différence entre les sexes. Par contre, il se peut que les garçons mettent plus de temps à réagir en cas de péril. Et puis c’est plus le souvenir de la « télé à table » de mon enfance qui m’est revenu : Starsky et Hutch le dimanche midi faisant concurrence aux bons petits plats mijotés par ma maman. Je réhabilite d’une certaine façon le rôti de bœuf.

6) En plus d’être un monstre dévoreur, le poste est aussi un monstre chronophage. Croyez-vous que les gens déterminent leur emploi du temps loisirs en fonction de ce qui passe à la télévision ?

Sans aucun doute, la télé est un rendez-vous comme les autres, les feuilletons surtout. Cependant, Internet modifie peu à peu ces habitudes car il n’y a pas de contraintes d’horaires. La télé c’est déjà un peu dépassé. Celle que j’ai imaginée pour l’histoire est d’ailleurs assez rétro.

7) A votre avis quelle illustration de l’album résume le mieux l’histoire ?

Peut-être la télé abandonnée au bord de la route, attachée à un arbre. Cela résume bien le côté absurde de la situation.

8) En écrivant « Notre télé », n’avez-vous pas pensé, en filigrane, à l’influence de la téléréalité sur les plus jeunes ?

Pas vraiment, mais voila un sujet drôlement intéressant à aborder.

9) La mise en abyme de la fin est-elle volontaire ?

Oui totalement, car cela ouvre le lecteur sur une dimension totalement irréaliste. Autant y aller franchement. Et si les limites du monde ne seraient pas un cadre de télé ? Et puis, j’avoue qu’une simple « happy end » ne me convenait pas, la surprise c’est mieux.

10) Finalement, quel message avez-vous voulu transmettre ?

L’important avec la télé, c’est de savoir la dresser.




Posts les plus consultés de ce blog

Birthday Girl, Haruki Murakami

La nouvelle, parue une première fois en 2008 dans le recueil Saules aveugles, femme endormie (Belfond, traduction Hélène Morita) raconte l'étrange anniversaire de la narratrice, le jour de ses vingt ans.

Vingt ans, c'est un cap, c'est le basculement vers l'âge adulte, la fin de l'adolescence. La narratrice l'a bien compris, et pour éviter de trop penser, elle a décidé de faire de son jour d'anniversaire un jour comme les autres. Au lieu de prendre une journée de congé, elle préfère effectuer son travail de serveuse, comme les autres jours de l'année.
Dans le restaurant italien où elle travaille, elle fait maintenant partie des murs, et elle sait comment faire pour ne pas attirer les foudres de son patron. L'ambiance n'est pas des plus géniales, mais au moins on la laisse tranquille ; n'empêche il y flotte comme une atmosphère empreinte d'étrangeté, symbolisée par celle qui trône à la caisse :
"On murmurait qu'elle siégeait là san…

L'Eté de Katya, Trevanian

Récit d'un amour malheureux durant le dernier été avant la Grande Guerre, L'été de Katya est aussi un thriller psychologique qui amène inexorablement le lecteur vers un épilogue dramatique. Jean-Marc Montjean est revenu sur Salies, petit village du Pays Basque d'où il est originaire, après avoir fait ses armes à Paris en tant que médecin. Il assiste le docteur Gros, figure locale et coureur patenté. A Salies tout le monde se connaît, et les rumeurs vont toujours bon train. Depuis quelques temps, la famille Treville est venue emménager à Etcheverria, une propriété quasiment à l'abandon. On sait peu de choses d'eux sinon qu'ils sont très discrets.
"Ce premier coup d’œil, par-dessous mon canotier, fut distrait et rapide, et je replongeai dans mes pensées. Sauf que, presque immédiatement, mon regard fut de nouveau attiré."
Lors d'un après midi à révasser, Jean-Marc croise une ravissante jeune fille qui lui demande de l'aide : son frère est tombé en…

Heather, par dessus-tout, Matthew Weiner

Ed. Gallimard, novembre 2017, collection Du Monde Entier,  traduit de l'anglais (USA) par Céline Leroy, 144 pages, 14.50 €
Titre original : Heather, the totality


Le créateur de la série culte Mad Men raconte dans ce premier roman toute la difficulté de la parentalité masculine dans une Amérique où les rapports de classes se creusent inexorablement.

Depuis la naissance de leur fille Heather, la vie de Mark est un long combat silencieux pour préserver sa place au sein de la famille qu'il a fondée avec Karen. Pour cette dernière, Heather est devenue le centre de tout, au point de mettre de côté sa vie d'épouse.
"En fait, à la seconde où sa fille était née, Karen avait su qu'elle lui consacrerait tout son temps et toute son attention, et ce aussi longtemps qu'elle le pourrait". Elle veut être une mère parfaite, et à défaut d'avoir des amies, veut que les autres femmes à la sortie de l'école la ressentent comme telle. Chacun de leur côté, leur existence …