RUE DES ALBUMS (3) Lucie est partie, Sebastian Loth



Ed NORDSUD/MIJADE réédition sept 2013, 30 pages, 5.20 euros


Comment raconter la perte d'un être cher aux jeunes enfants? Comment expliquer la disparition, puis l'absence d'une personne au quotidien? Avec des phrases simples, de belles illustrations, cet album raconte l'amitié fusionnelle entre une tortue et une oie, jusqu'au jour où la tortue n'est plus là:
"Lucie habitait depuis 127 ans parmi les laitues du jardin. Il faut dire que Lucie était très vieille."
Un matin, comme tous les matins, l'oie Zelda part à la rencontre de son amie Lucie. Ensemble, elles partagent tout: jeux, lectures, voyages, découvertes, rêves et cauchemars. D'ailleurs, aux alentours, tous les animaux savent qu'elles ne peuvent faire l'une sans l'autre. Mais ce matin là, il se passe un événement étrange, voire même improbable pour Zelda: Lucie est introuvable!
Mais où peut elle bien se cacher? se demande l'oie paniquée.  Elle l'appelle, crie son nom, demande à ses congénères si elles n'auraient pas vu par hasard une vieille tortue. Néanmoins, ces dernières ont beau lui dire qu'elle est partie pour un long voyage, Zelda semble ne pas comprendre la triste vérité. N'importe quoi! Lucie en voyage? sans elle? C'est impossible! Autant faire ses valises et vérifier par elle-même que son amie n'a pas fui à l'étranger!
Alors, voilà Zelda partie pour un long périple à travers le monde… Or, c'est aussi un cheminement intérieur, car au fil du temps, elle comprend qu'elle ne reverra plus jamais Lucie. Car Lucie est bel et bien partie, mais pour un pays dont on ne revient pas.
Cet album, très simple dans sa mise en scène, explique avec tact aux jeunes enfants, le deuil et l'apprentissage de l'absence. Lucie est âgée, très présente auprès de Lucie, puis tout à coup, plus personne. Zelda ne comprend pas (comme les petits), cherche après elle, puis met un nom à cette absence. Désormais, les souvenirs et les rêvent porteront leur grande amitié.

Deux personnages suffisent pour expliquer l'indicible et la dure loi du temps qui passe. Les phrases choisies sont simples, sans fioriture, et la chute en fin d'album est vraiment très belle au point d'en avoir des sanglots dans la gorge.

Dès le début, l'auteur fait le choix d'un texte au passé pour préparer le jeune lecteur à l'issue triste, mais une alternative est proposée afin que la fatalité se mue en une autre étape.
Paraît-il que le temps adoucit tout, même la perte d'un être cher. Cet album aidera les parents  à mettre des mots sur un sujet tellement délicat à expliquer aux jeunes enfants.
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