Revolver, Marcus Sedgwick

 Ed Thierry Magnier, traduction de Valérie Dayre, janvier 2012, 203 pages, 11.4 euros

Huis clos


"Un pistolet n'est pas une arme. C'est une réponse. Une réponse aux questions que la vie te jette à la figure quand il n'y a personne d'autre pour te venir en aide."
Telle est la conception d'Einar Andersson sur l'arme à feu dont il a fait l'acquisition à Nome (Alaska) pour protéger sa famille contre d'éventuels ennemis. Depuis qu'il a emmené les siens dans cette contrée au bord du cercle Arctique, les temps sont durs. L'or qui devait se récolter à foison existe peu, si bien que la faim, le froid et la promiscuité des hommes sans foi ni loi sont des ennemis redoutables. Heureusement, un jour, Einar trouve en emploi au bureau d'essais chargé d'analyser les pépites d'or découvertes. Ainsi, la vie reprend son cours. Il apprend à Sig , son fils, comment utiliser une arme, tandis que son épouse, Maria, pétrie de religion, se charge de leur inculquer des principes fondamentaux. Mais un jour, Maria meurt. Einar, Sig et sa soeur Anna, quittent Nome pour Giron, une contrée aussi perdue située sur le territoire suédois...
"Le visage de l'inconnu ne ressemblait à rien de ce que Sig avait pu voir au cours de son existence (...) Cette tête là n'avait pas été façonnée par la main aimante de dieu, mais martelée sur l'enclume du diable."
Un matin, alors que Sig est seul dans la cabane avec le corps de son père, un inconnu à la face patibulaire frappe à la porte. Il réclame son dû, dit qu'Einar lui doit de l'or. Dès lors se met en place un huis clos oppressant entre le jeune homme et "l'homme-ours", armé et dangereux. Sig possède bien le revolver de son père, un colt , "type Armée, alias le six-coups des frontières, alias le Pacificateur", mais il est caché dans le cellier. Anna et sa belle mère Lydia sont partis chercher de l'aide pour ensevelir le corps d'Einar, mais quand reviendront-elles? Pendant ce temps, le nouveau venu, Wolff, s'installe et menace...
Impeccablement construit avec des retours judicieux dans le passé pour bien comprendre l'intrigue présente, Revolver est un huis clos se déroulant sur vingt quatre heures (du dimanche matin au lundi matin) où, à défaut de pouvoir pleurer leur père mort, une famille se retrouve soudain en proie à la terreur. Au fur et à mesure de ce face à face, les questions sans réponse du passé trouvent enfin une explication. L'hiver éternel à 66° de latitude nord renforce l'impression d'isolement et réduit considérablement les possibilité de fuite.
Au delà de l'intrigue, on y trouve une réflexion sur le port d'arme et son utilisation. L'auteur ne prend pas parti, ponctue le récit de citations telle celle de Thomas Jefferson sur la pratique du tir et son utilité. C'est au lecteur de se forger une opinion. Et si dans une situation extrême comme celle vécue par Sig, une troisième solution était envisageable?
"Même les morts racontent des histoires" étaient l'adage suédois favori du défunt Einar. Et s'il avait raison?
Un livre surprenant, original et passionnant de bout en bout.
Une réussite à partir de 12 ans.

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