Quand l'empereur était un dieu, Julie Otsuka

  Ed 10/18, traduit de l'anglais (USA) par Bruno Boudart, juin 2008, 155 pages, 6.6 euros

"Je suis votre terreur suprême" 

Fait historique peu connu et pourtant partie intégrante de la seconde guerre mondiale que l'internement des américains d'origine japonaise dans des camps après la bataille de Pearl Harbor. Alors qu'en France, l'allemand était l'Ennemi, aux Etats-Unis, le Jap est l'incarnation même de celui qu'il faut détester par excellence. Sous couvert d'une intention de protection: "on vous a amenés ici pour votre propre protection, leur avait on assuré.
C'était dans l'intérêt de la sureté nationale.
C'était une question de nécessité militaire.
C'était pour eux l'occasion de prouver leur loyalisme,"
une mère et ses deux enfants se retrouvent internés: "on était en 1942. Dans l'Utah. A la fin de l'été. Dans une ville de baraques en papier goudronné ceintes de barbelés, au cœur des terres alcalines d'une haute plaine poussiéreuse du désert."
Bien plus tôt, le père avait été arrêté un soir, chez lui, en pyjama et emmené. Depuis, seules quelques lettres censurées garantissent qu'il est encore en vie.
A travers les yeux du garçon, le livre raconte le quotidien de cette famille qui a tout perdu, et se voit contrainte et forcée de s'adapter à de nouvelles règles de vie: "il y avait des règles concernant la religion: pas de shintoïstes, avec leur culte de l'empereur", des mots de vocabulaire obligatoire, des contraintes alimentaires...
Pendant trois longues années, la mère, le fils et la fille résistent puis finissent enfin par retourner chez eux, leur belle maison devenue pendant longtemps un refuge squatté.
Le retour se fait comme si rien ne s'était passé; les voisins jouent une indifférence polie, la maison retrouve petit à petit son apparence d'origine, et lorsque le père revient, les enfants pensent que leur vie "d'avant" va reprendre. Or, le simple fait d'être d'origine japonaise en a fait des êtres dangereux dont il faut se méfier. Ils sont l'ennemi fantasmé et détesté.

L'absence de pathos, de scènes d'effusion, de colère, de joie renforcent l'aspect témoignage de ce roman. Julie Otsuka utilise ses personnages comme des "outils d'information". Grâce à eux, le lecteur se rend compte d'un fait historique, par contre il ne saura rien de l'aspect émotionnel et traumatisant des faits. Et pourtant, malgré cette écriture blanche, on ne se sent jamais en peine et on ne peut que constater que ce choix fonctionne. Un livre à découvrir sans tarder.

Posts les plus consultés de ce blog

Le Gardien des choses perdues

Une Chance minuscule, Claudia Piñeiro

RUE DES ALBUMS (126) Le bain de Berk, Julien Béziat