Nuit noire, étoiles mortes, Stephen King


Ed. Albin Michel, mars 2012, 450 p.22,90 €

Avec ce recueil de quatre nouvelles, Stephen King renoue avec l’inventivité, l’imagination et la facilité d’écriture qui ont fait son succès. A ce titre, il est très intéressant de lire d’abord la postface. En effet, l’auteur explique l’origine de ses histoires : elles sont soit issues d’un fait d’actualité, soit imaginées à partir d’un épisode de vie dont l’auteur a été témoin. De ce constat, Stephen King donne sont point de vue sur l’art de la fiction :
« Ce n’est pas un art éculé. Ce n’est pas non plus un amusement littéraire. C’est l’un des moyens essentiels dont nous disposons pour essayer de donner du sens à nos vies et au monde souvent terrible que nous voyons autour de nous. C’est la manière dont nous répondons à la question : comment des choses pareilles sont-elles possibles ? »
Ainsi, devant des actes horribles inexpliqués ou inexplicables, la fiction se donne le droit d’y apporter du sens, voire proposer une ligne explicative hypothétique. Ecrites avec un art consommé du genre, les nouvelles ont en commun le thème de l’Homme et son double Méconnu, vivant de « l’autre côté du miroir », et qui peut se révéler après un choc émotionnel intense. Les quatre héros, hommes ou femmes, sont confrontés à une situation de vie extrême, là où la frontière entre raison et folie devient ténue.
Chacun reconnaît qu’il y a une vie avant et une vie après l’indéfinissable. Un meurtre, un pacte étrange de guérison, un viol ou une terrible découverte invitent la nature humaine à se transcender et devenir Autre. Wilf, le héros de 1922, se rend compte de la dualité de l’âme humaine :
« Je crois qu’en tout homme, il y a un autre homme. Un inconnu, un Conspirateur, un Rusé ».

Tout le monde possède cette petite voix intérieure vous poussant du « côté obscur », simplement, il faut qu’il se passe un événement exceptionnellement tragique pour que cette voix fasse écho en vous. Dans Grand Chauffeur, Darcy, écrivain(e), est violée, puis laissée pour morte au retour d’une rencontre littéraire. Elle renoue avec la vie grâce à la vengeance. Sa petite voix intérieure se fait entendre, la dirige, lui donne la force, et la guide par le biais de la voix désincarnée de son GPS.
Chaque histoire témoigne du combat entre la folie et la raison, la pureté et la noirceur. Des êtres humains qui, jusque là, étaient considérés comme bons, avec une existence bien tranquille et formatée, changent complètement. A Derry, ville du feu Grippe Sou le clown, au bord d’une Extension claire, Streeter pactise avec un étrange personnage aux dents effilées, avatar du roman Ça. En échange d’un sursis et d’une guérison contre le cancer qui le ronge, il « balance » son meilleur ami dont il jalouse la vie.
Enfin, Stephen King, dans sa volonté de provoquer chez le lecteur « une réaction émotionnelle, voire viscérale », touche chacun d’entre nous avec Bon Ménage. Qui peut se vanter de connaître complètement son époux(se) ? On croit « être au courant » du plus important mais il se peut que l’autre reste un « camouflage, une coque creuse », « un vide abyssal ».
Finalement, Nuit noire, étoiles mortes démontre que « l’obscure crapulerie du cœur humain ne semble pas avoir de limites », et que cette dernière peut toucher n’importe qui à un moment clé de sa vie.