Les voleurs de Manhattan, Adam Leger

  Ed Gallmeister, traduit de l'anglais (USA) par Laura Derajinski, février 2012, 253 pages, 22.9 euros

Brillant et intelligent

 

Véritable "turn over" (histoire dans l'histoire) ce roman propose aussi son propre vocabulaire spécifique en références à de véritables romans ou auteurs (exemple: "franzen" pour dire lunettes en référence à celles que porte l'auteur du même nom), ainsi que des titres de chapitres inspirés d'œuvres réelles traitant de supercherie littéraire.
Supercherie est le mot clé de ce roman foisonnant. Dans le monde de requins de l'édition, peu importe la vérité, pourvu que le livre se vende. Les mots autobiographie ou mémoires ne sont que des attrape-nigauds prévus pour booster les ventes. Ian Minot, le narrateur, écrivaillon cherchant désespérément à se faire éditer, en fait les frais. Ras le bol de voir des types comme Blade, ancien membre de gang, faire succès en publiant ses mémoires alors qu'il sait à peine parler correctement! Et pourtant, c'est la réalité.
"Ecrire un livre, peut être un acte d'optimisme extrême; mais s'attendre à ce qu'on le lise, qu'on l'achète, qu'on le publie, c'est un acte d'une prétention phénoménale".
La vie est une fiction autant en profiter alors puisque même les éditeurs sont incapables de savoir comment vivent les gens normaux! Jed Roth, ancien professionnele du livre, explique donc à Ian comment se faire éditer et connaître enfin le succès: il lui propose de mettre son nom sur un roman d'aventures en précisant qu'il s'agit de mémoires. Ian accepte, devient "un arnaqueur" au détriment de Ian "le balourd à la chemise froissée et aux godillots éraflés."
Cependant, alors que le manuscrit est reçu avec enthousiasme, Ian vit des situations de plus en plus étranges au point de se demander si la fiction de son roman ne serait pas réelle...
"Les voleurs de manhattan" est le récit d'une supercherie littéraire qui n'en est pas une, ou qui finalement en est une, bref, on navigue à vue! C'est surtout une critique réaliste je suppose du monde de l'édition, gouverné par l'argent, ayant vendu son âme au diable pour obéir au dieu des ventes.
Enfin et surtout, cette œuvre tire son originalité de ses prouesses stylistiques (le vocabulaire inventé est exquis) et d'avoir su garder une cohérence d'ensemble malgré la difficulté de la trame choisie. On a donc l'impression de lire un roman unique en son genre dont on sent à chaque page que l'auteur a mis à profit son imagination débordante.
Gros coup de coeur!

Posts les plus consultés de ce blog

ZERO K, Don DeLillo

Le Gardien des choses perdues

Une Chance minuscule, Claudia Piñeiro