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Les lectures des otages, Yoko Ogawa

 Ed Actes Sud, mars 2012, traduction de Martin Vergne. 20,30 €

Imaginez huit otages enfermés dans une cabane, au fin fond d’un pays non-nommé, en proie à l’effervescence médiatico-politique, puis tombés dans l’oubli tant les démarches pour les libérer se sont révélées infructueuses.
Imaginez la Croix Rouge Internationale qui réussit à leur transmettre un magnétophone, caché dans un purificateur d’air et un dictionnaire.
Imaginez, bien longtemps après le dénouement dramatique de cette affaire, la récupération des enregistrements. Les familles, d’un commun accord, décident de les rendre publiques, en réponse « à l’indifférence du monde », afin de bien faire comprendre qu’avant d’être des otages, ces hommes et ces femmes étaient des citoyens avec un vécu. Ainsi, Paroles d’otage, durant huit émissions radiophoniques, ressuscitent les victimes.
Aucun des huit récits proposés ne fait référence à la détention. Hors contexte, on pourrait croire à une retranscription chez un psychanalyste ou un entretien quelconque. Chaque otage raconte un fait marquant de sa vie passée. Dès lors, un événement qui pouvait être anodin jadis prend une toute autre dimension lorsqu’on sait dans quelles conditions il est raconté. Un souvenir d’enfance, une situation exceptionnelle, un détail du quotidien sont restés dans un coin de leur tête et a influencé, sans le vouloir, le cours de leur vie. Par exemple, une femme raconte son étrange expérience : à plusieurs années d’intervalle, des personnes inconnues lui trouvent une ressemblance avec leur grand-mère disparue : « dans la mesure où elle était là, tout allait bien » confessent-ils, et elle devient, sans le vouloir, un palliatif à l’absence.
Bizarrement, ce n’est pas le lieu de détention – une modeste cabane à la lisière d’un bois – qui incarne « le lieu de destruction », mais plutôt l’aciérie à côté de laquelle un otage vivait étant petit : c’était « le reflet du monde en train de tomber en morceaux ».
En se confiant au magnétophone, chacun oublie sa détention. Cette dernière devient secondaire, au point qu’à chaque fin de retranscription, on se sent obligé d’ajouter entre parenthèses que les personnes entendues étaient bel et bien prisonnières et qu’elles avaient un but bien défini avant leur enlèvement.
« Ces lectures ne sont pas des histoires mais des instants de libération » se permet de préciser un membre de la brigade anti-terroriste ayant participé à la tentative de libération. « Quelque part dans un endroit lointain qui dépassait leur imagination, ces voix parvenant aux oreilles de quelqu’un qui ne comprenait même pas leur langue avaient tout d’une prière ». Ces lectures prennent la dimension d’offrandes accordées aux gens libres. Même dans la plus grande adversité, la vie prend le dessus et les souvenirs marquants restent ceux à quoi on s’accroche pour résister le plus dignement possible.

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