Les évaporés, Thomas B Reverdy

 Ed Flammarion, août 2013, 304 pages, 19 euros

 "Il y a toujours quelque chose de dérisoire dans le tragique."

Au Japon, un adulte a légalement le droit de disparaître. Le disparu devient "un évaporé", un Johatsu. Il existe même une économie parallèle qui exploite ce statut: la recherche de locataires pour occuper les maisons vides, les complices de fuite qui organisent la disparition, comme une fugue finalement.
Yukiko a quitté son pays natal pour les Etats Unis afin d'y faire sa vie, mais surtout pour fuir cette génération perdue des années 90 où l'excès était le maître mot. Persuadée qu'"il faut trahir ses parents pour grandir",elle prend peu de nouvelles de sa famille. or, un jour, sa mère l'appelle pour lui signifier que son père Kaze, courtier tranquille et bientôt à la retraite, a disparu. Accompagnée de son ami et ex-amant Richard, elle retourne au Japon.
"Disparaître. Ce n'était pas une solution mais c'était une issue."
En qualité d'Undercover, c'est Richard qui mène les recherches. Il prend connaissance au fur et à mesure du statut étrange de johatsu. Poète à ses heures perdues, il possède le tact pour avancer et obtenir des informations. Celles-ci le mènent vers Fukushima et la communauté des Déchargeux...
Le roman est évanescent, tout comme ses personnages et le fil conducteur. Reverdy reste à la surface de tout. Yukiko est un fantôme de fille, Kaze un fantôme de père et d'évaporé, Akainu, son petit compagnon, un fantôme d'enfant. Même le personnage de Richard perd de sa consistance au fur et à mesure de l'intrigue. Ainsi, les paysages sont décrits sous la forme d'un rêve, la tragédie de Fukushima sous une forme anodine, car "Il y a toujours quelque chose de dérisoire dans le tragique."
Il manque ce petit quelque chose pour rendre l'enquête intéressante. A défaut, on trouve dans ce roman de fort belles phrases (fulgurances littéraires) qui interpellent directement le lecteur, par exemple:
"Quand on pense à l'avenir, on a toujours l'impression que la vie n'est qu'un rêve. L'espoir ou le suicide ne sont que des possibilités."
Les évaporés est un roman japonais dont les personnages sont inspirés du poète Brautigan et de son œuvre, qui aborde le sujet délicat de l'absence volontaire et de celle qui survient après une tragédie dans des lieux ignorés de nous. Cependant, malgré le choix de chapitres courts aux titres évocateurs, la lecture s'avère parfois répétitive et ronronnante. Le grand plongeon livresque n'a pas eu lieu.

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