Le tennis est un sport romantique, Arnaud Friedmann

Ed Jean Claude Lattès, août 2013, 250 pages, 17 euro

Et si mon père était John McEnroe?


10 juin 1984. Dans son modeste appartement de Besançon, Hélène et son fils Julien, cinq ans, trompent l’ennui en regardant la finale de Roland-Garros, opposant John McEnroe et Yvan Lendl.
Entre McEnroe et Hélène c’est une longue histoire, enfin surtout pour la jeune femme. Fille au pair en 1978 aux Etats-Unis, elle a rencontré le tennisman le temps d’une photo, à la sortie d’un tournoi. Depuis, le champion hante son esprit, occupe ses pensées. Elle suit ses moindres faits et gestes et découpe les journaux.
McEnroe incarne le souvenir d’un passé où tout était encore possible. Depuis, Julien est arrivé. Tout est compliqué. Hélène est dépressive, pas prête pour assumer une maternité plus que contrariée. Alors, bizarrement, pour faire taire le petit qui encourage Lendl, elle lui annonce que John McEnroe est son père mais qu’il faut garder le secret.
Pour le bambin, cette révélation est un choc. Le tennisman va devenir ce à quoi Julien veut ressembler : un grand joueur de tennis, indépendant et au caractère bien trempé.
« Du sang irlandais battait dans ses veines. Ça suffisait, ça changeait tout ».
Trop petit à l’époque pour remettre en cause la confession d’Hélène, il ne pense même pas en grandissant à remettre en question cette paternité fantasmée. Hélène, elle « n’a le courage d’aucune révolte, d’aucun changement ».
« Elle ne se souvient plus à quoi ressemblaient ses rêves, mais sa silhouette enrobée dans un appartement étroit leur fait échec à tous, comme les cachets qu’elle avale et la présence insupportable de son fils ».
En effet, Julien l’insupporte de plus en plus, si bien qu’il trouve refuge et réconfort dans les familles de ses amis du tennis club ou du collège. La dépression aidant, la jeune femme se persuade d’une liaison avec le champion de tennis des années 80.
Paradoxalement cette paternité et relation amoureuse fantasmées vont aider la mère et le fils. John McEnroe va incarner bien malgré lui la référence, le modèle qu’il faut suivre pour ne pas sombrer et avoir un objectif dans la vie. Dans le brouillard médicamenteux, Hélène se raccroche au jeune homme croisé un après midi de 1978…
Arnaud Friedmann propose ici un roman d’initiation très contemporain. En partant du principe que l’enfant a besoin d’un référent, il imagine que ce dernier est un numéro un mondial de tennis. Le lien du sang est si bien fantasmé que le lecteur se pose vraiment la question de la véracité de la chose. Et si John et Hélène s’étaient vraiment aimés finalement ? A force de s’en persuader, elle emmène aussi le lecteur dans son délire. Maladroitement, Hélène a fourni les clés de la réussite à Julien en lui fournissant une paternité mythique.
John McEnroe (source web)
Ce roman se lit agréablement mais atteint très vite sa limite fictionnelle, d’où un certain « ronronnement » en milieu de récit. On retiendra surtout le personnage d’Hélène, s’accrochant à son passé, et tentant avec les moyens qu’elle peut de devenir une mère digne de ce nom.

Ce roman devait s’appeler « le fils de John McEnroe ». L’éditeur, suite au précédent subi par Grégoire Delacourt, a préféré changer le titre.