Le cherche bonheur, Michael Zadoorian

Ed. 10/18, octobre 2011, traduit de l'anglais (USA) par Jean-François Merle, 283 pages, 7.5 euros

Le « cherche bonheur » est le nom du camping-car de John et Lena, mariés depuis soixante ans. Avec lui, ils ont traversé les Etats-Unis de part en part avec leurs enfants, puis plus tard, seuls. Aujourd’hui, octogénaires, ils décident de reprendre le volant pour sillonner la mythique route 66 malgré l’opposition de leur entourage. En effet, les deux tourtereaux ne sont pas en bonne santé : John a la maladie d’Alzheimer, et Ella lutte contre un cancer. Et si certains affirment  que ce ne sont que de petits désagréments, Ella rappelle judicieusement que: "prétendre que John est légèrement sénile, c'est comme dire que j'ai un léger cancer." Justement, Ella, narratrice de ce « road movie » devient le « capitaine de ce navire de dingues » pendant que son époux, conducteur hors pair, alterne moments de lucidité et passages à vide. Entre pertes de mémoire, et « moments de gêne », nos deux vacanciers avancent vers la Californie… Leurs soirées sont ponctuées de séances de diapositives familiales, de querelles d’amoureux, de rencontres plus ou moins enrichissantes, et de souvenirs qui s’estompent. Mine de rien, le lecteur se prend au jeu et, très vite, éprouve de la sympathie pour ce couple déclinant et paradoxalement très lucide.
D’ailleurs, Ella dit d’eux :
« je tombe en morceaux et John se souvient à peine de son nom. Ça ne fait rien. Moi, je m’en souviens. A nous deux, nous formons une personne complète. »
Soixante ans de vie commune, ce n’est pas rien, et personne, même leurs enfants, ne peut leur dire comment se comporter face à la vieillesse et à la maladie. Bizarrement, ils restent optimistes et le voyage devient un aller sans retour, un genre de « va où tu veux, meurs où tu dois ».La route 66 symbolise le pèlerinage ultime dont Ella seule connaît la véritable issue. Cependant, l’auteur a su écrire un récit où la tendresse et l’amour prennent le dessus sur « l’autre chose, l’indicible » et le pathos. Ella et John forment « une équipe » dans laquelle « aucun n’est plus important que l’autre. » Couple idéal au crépuscule de leur vie commune ? Peut-être pas, car la narratrice elle-même reconnaît la routine de son existence passée :
« ma vie était d’une extrême platitude (…) mais j’y étais, et heureuse d’y être, émue pas sa beauté ».
Simplement ce sont juste deux personnes âgées qui s’aiment et ne peuvent faire l’un sans l’autre.
A la lecture de ce roman, on sourit, on compatit, on verse une larme parfois, mais jamais on ne juge… Finalement, on se dit qu’on a passé un très bon moment de lecture.

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