L'annulaire, Yôko Ogawa

Ed Actes Sud (Babel), juin 2005, 94 pages, 5.6 euros

Au cœur du fétichisme des choses


Lorsqu'on lit Ogawa, il ne faut pas s'attendre à une intrigue "terre à terre" dans laquelle toutes les questions posées possèdent leurs explications. Lire Ogawa c'est avant tout entrer dans une ambiance insolite, se laisser transporter par l'étrangeté des personnages et des situations. Tout est dans le non-dit et dans les phrases en suspens. L'expression "on ne sait pas ce qui se passe derrière une porte fermée" résume à elle seule un texte de cet auteur, surtout ici. La narratrice a un travail bien étrange: elle est la secrétaire d'un taxidermiste pas comme les autres, Mr Deshimaru, dont le travail est de conserver en spécimen les souvenirs que les gens viennent lui apporter! selon lui, "les raisons qui poussent à souhaiter un spécimen sont différentes pour chacun. Il s'agit d'un problème personnel. Cela n'a rien à voir avec la politique, la science, l'économie ou l'art". En gardant les spécimens dans son étrange laboratoire situé dans ancien couvent de jeunes filles où seules deux anciennes locataires y séjournent encore, l'ambiance envoûtante s'en trouve renforcée. . La fin est ouverte mais l'explication se trouve peut être dans une histoire de chaussures (?!), ou dans la relation entre ce patron bien particulier et la narratrice un rien envoûtée. Ce que j'ai aimé, ce sont les gestes esquissés, comme en suspens, cette ambiance nimbée de fantastique, jamais glauque, mais surtout l'originalité du récit présenté. Le titre prend alors toute sa dimension, et la qualité littéraire du texte prend le dessus sur le contenu. Un livre pour ceux qui aiment rêver et choisir une fin.